L’annotation comme “conversation” (1/3) : des humanistes aux acteurs du web

Longtemps que je n’avais pas pub­lié de bil­let sur l’annotation, son his­toire, ses formes et ses pra­tiques (voir cette sec­tion), même si la thé­ma­tique m’appelle depuis tou­jours sans rai­son — le monde nous habite plus que nous l’habitons. Mais en févri­er, OpenEdi­tion m’a ramené à ce sujet en me con­tac­tant pour par­ticiper à une expéri­men­ta­tion : l’annotation via le plu­g­in Hypothes.is (voir mon arti­cle) de livres en libres accès de son cat­a­logue.

Au-delà de l’expérimentation même, j’aimerais réfléchir au mod­èle ici pré­con­isé. En effet, OpenEdi­tion et Hypothes.is souhait­ent encour­ager “la con­ver­sa­tion sci­en­tifique” (sic) entre les lecteurs et les auteurs via ce dis­posi­tif tech­nique (“exprimer ses cri­tiques”, “répon­dre aux remar­ques des autres anno­ta­teurs”, etc.). Il me sem­ble ici d’autant plus fon­da­men­tal de théoris­er la “con­ver­sa­tion”, ou de rap­pel­er du moins ses fonde­ments théoriques, que les indus­tries du web dit social en ont fait leur par­a­digme jusqu’à l’assécher, comme l’ont bien mon­tré les chercheurs et les chercheuses en Sci­ences de l’Information et de la Com­mu­ni­ca­tion.

Le modèle conversationnel et participatif

Une scénographie de l’intimité

Dans ma thèse, j’avais égale­ment mon­tré com­bi­en ce mod­èle ser­vait des objec­tifs de cap­ta­tion des publics et de con­ver­sion : dans cer­tains dis­posi­tifs de lec­ture-écri­t­ure sur tablette dits soci­aux, qui se sont beau­coup dévelop­pés à par­tir de 2010 jusqu’à dis­paraître les uns après les autres, l’annotation appa­rait en effet comme un dia­texte, soit un sim­u­lacre de dia­logue inter­per­son­nel sur un sup­port écrit1Voir l’entrée “Dia­texte” dans Yves Jean­neret, Cri­tique de la triv­i­al­ité, Édi­tions non Stan­dard, 2014..

Des images de phy­lac­tères et des avatars met­tent ain­si en scène l’intimité et l’expression per­son­nelle dont l’annotation serait le symp­tôme : elle révèlerait la per­son­nal­ité véri­ta­ble du scrip­teur, d’autant plus qu’il n’y aurait aucune médi­a­tion tech­nique ; à la trace scrip­turale est prêté un poten­tiel indi­ciel et tran­si­tif.

Des phy­lac­tères comme sim­u­lacre dialogique dans le dis­posi­tif de lec­ture-écri­t­ure Readmill.2Source : http://blog.readmill.com/post/66184218374/a-new-way-to-read-together, le 6/11/2013.
Mise en scène de la pen­sée scrip­turale dans le dis­posi­tif de lec­ture-écri­t­ure Copia.3Source : http://www.thecopia.com/home/index.html en 2013. Cap­ture d’écran le 23/04/2013.

Entre “massification” et “démassification”

C’est pourquoi le mod­èle du “club”, de la “com­mu­nauté” voire de la “salle de lec­ture” est val­orisé dans ce type de dis­posi­tifs, alors qu’ils promeu­vent générale­ment une par­tic­i­pa­tion large et élargie jusqu’à la “provocation”4Par ce terme, Eti­enne Can­del désigne la mise en ten­sion des usagers, qui sont “appelés à” par­ticiper, “excités”, si l’on se fie à l’étymologie du mot “provo­ca­tion”. Voir Eti­enne Can­del, “Penser le web (comme) “social” : sur les lec­tures con­tem­po­raines des écrits de réseau” dans Estrel­la Rojas (dir.), Réseaux socion­umériques et médi­a­tions humaines. Le social est-il sol­u­ble dans le Web ?, Her­mès Lavoisi­er, p. 33–60. : oscil­lant entre la mas­si­fi­ca­tion et la démassification5Louise Merzeau, “La médi­a­tion iden­ti­taire”, Revue Française des Sci­ences de l’information et de la com­mu­ni­ca­tion, 1, 2012, en ligne : http://rfsic.revues.org/193. Source con­sultée le 8/04/2019., entre la néces­sité économique de capter un max­i­mum de per­son­nes et de les fidélis­er par l’illusion de la prox­im­ité, ils ont toutes les car­ac­téris­tiques des indus­tries du web qui font de la par­tic­i­pa­tion “une néces­sité pour l’épanouissement personnel”6Bouquillion et Matthews, Le Web col­lab­o­ratif : muta­tions des indus­tries de la cul­ture et de la com­mu­ni­ca­tion, Greno­ble, Press­es uni­ver­si­taires de Greno­ble, 2010., p. 82.

Le mod­èle par­tic­i­patif est un mod­èle axi­ologique ou une mytholo­gie : il promeut un cer­tain type de valeurs (lire ensem­ble, c’est mieux ; par­ticiper, c’est bien) qu’il nat­u­ralise, fait pass­er pour évi­dents. En cela, il rejoint bien le pro­gramme de vérité du web (dit) 2.0 qui com­para­it déjà, inspiré par la cyberné­tique et les thès­es cog­ni­tivistes, la blo­gosphère à un “dia­logue men­tal” et à une “voix intérieure”.

Circulation dans les mondes sociaux

Cette métaphore n’est pas pro­pre aux indus­tries du web : on la trou­ve par­faite­ment exprimée dans le diposi­tif uni­ver­si­taire Can­dide 2.0, lui-même inspiré de Com­ment­Press, l’outil mis en place par Bob Stein de l’Institut pour le futur du livre, qui défendit un temps l’idée que les books étaient des con­ver­sa­tions (voir mon arti­cle).

Des indus­tries du web aux dis­posi­tifs uni­ver­si­taires, on voit ain­si cir­culer un mod­èle plus ou moins com­mun (la con­ver­sa­tion) qui s’explique en par­tie par la présence de passeurs appar­tenant à des espaces dif­férents et assur­ant la cir­cu­la­tion des dis­cours, des pra­tiques, des signes, des pro­grammes de vérité.

“Can­dide 2.0” : un exem­ple de cir­cu­la­tion du pro­gramme du web (dit) 2.0 dans les milieux savants.

Entre les uns et les autres, même s’il existe des dif­férences indé­ni­ables (le mod­èle con­ver­sa­tion­nel de Can­dide 2.0 ne ressem­ble pas com­plète­ment à celui de Read­mill ou de Copia, cités plus haut), les fron­tières sont poreuses : il n’existe pas d’étanchéité com­plète entre les espaces ; le monde est com­plexe, mélangé. C’est pourquoi l’oeuvre de Voltaire appa­raît aujourd’hui asso­ciée à l’épithète “2.0” : l’un des con­cep­teurs de Can­dide 2.0 fai­sait à la fois par­tie de la Bib­lio­thèque publique de New York et d’une foire inter­na­tionale (Tools of Change for Pub­lish­ing) qui, de 2006 à 2014, ne ces­sa de porter la parole de Tim O’Reilly, le porte-dra­peau du pro­gramme du web (dit) 2.0 (voir mon arti­cle). On pour­rait mul­ti­pli­er les exem­ples de cette zone de frot­te­ment entre les mon­des soci­aux.

Petite histoire de l’annotation comme conversation

Le mod­èle con­ver­sa­tion­nel fait l’objet d’une cir­cu­la­tion qui ne se fait évidem­ment pas sans altéra­tion : de dis­posi­tifs en dis­posi­tifs, des micro-mod­i­fi­ca­tions sont apportées qui dépla­cent pro­gres­sive­ment la manière dont l’annotation comme con­ver­sa­tion est pen­sée, même s’il existe une péren­ni­sa­tion indé­ni­able. Pour mesur­er ces méta­mor­phoses,  je pro­pose main­tenant une explo­ration his­torique de ce mod­èle.

N’étant pas his­to­rien et n’ayant pas le temps d’explorer en pro­fondeur ce mod­èle, je me con­tenterai d’identifier des moments dans la lit­téra­ture his­torique qui existe sur le sujet. Le but est unique­ment de met­tre au jour des recon­fig­u­ra­tions et de com­pren­dre la sin­gu­lar­ité et l’irréductibilité de chaque pra­tique scrip­turale comme inscrite dans des pra­tiques plus larges et une sen­si­bil­ité liée à une époque, un milieu intel­lectuel, sans vers­er pour autant dans l’invariant structuraliste.7Roger Charti­er, “Pou­voirs de l’écrit et manières de lire” dans Michel Jean­neret et al., Le lecteur à l’oeuvre, Suisse, Info­lio, 2013, p. 5–17.

Une nouvelle conception de l’intimité

Quelques his­to­riens des pra­tiques textuelles/scripturales situent à la fin du Moyen Âge et au début de la Renais­sance une nou­velle con­cep­tion de l’intimité qui aurait en par­tie mod­i­fié les pra­tiques de lec­ture. Avant cette péri­ode, il est dif­fi­cile de trou­ver des traces de lec­tures “per­son­nelles”, qui ne soient autre chose que des références bib­li­ographiques, des cor­rec­tions, des gammes scrip­turales, même s’il existe bien évidem­ment des excep­tions et quelques con­tre-exem­ples ça et là (voir la par­tie his­torique dans ma thèse).

Un nou­veau par­a­digme naît avec Pétrar­que. En redé­cou­vrant les let­tres de Cicéron en 1345, il invente un dia­logue plus fam­i­li­er, plus direct8Kathy Eden, The Renais­sance Redis­cov­ery of Inti­ma­cy, Uni­ver­si­ty Press of Chica­go, 2012. avec le texte ; son cab­i­net de lec­ture devient le lieu où il se retranche pour ramen­er le monde à lui9Sophie Houdart, “Un monde à soi ou les espaces privés de la pen­sée” dans Chris­t­ian Jacob, Lieux de savoir, Albin Michel, 2007, p. p. 363–371.. En témoignent les marges des livres qu’il anno­tait où l’on peut apercevoir des men­tions à l’intention de sa fille (“Nota pro Silvanella”10Marie-Hélène Tes­nière, “Pétrar­que lecteur de Tite-Live : les anno­ta­tions du man­u­scrit latin 5690 de la Bib­lio­thèque nationale de France”, Le livre annoté, Revue de la Bib­lio­thèque nationale de France, 1999, p. 37–41) ou de son dis­ci­ple Boc­cace.

Avec Pétrar­que, les mar­gin­a­lia devi­en­nent bien plus des témoins de son affec­tion, de son ami­tié pour ses proches et l’occasion de man­i­fester son état émo­tion­nel

On trou­ve bien enten­du dès l’antiquité une telle pra­tique : dans ses Let­tres à Lucil­ius, Sénèque dit explicite­ment qu’il a surligné cer­tains pas­sages de textes clas­siques pour aider son dis­ci­ple dans sa lec­ture. Mais nous sommes encore dans le mod­èle péd­a­gogique stricte de la paideia grecque, où il s’agit d’apporter des soins à l’âme. Avec Pétrar­que, les mar­gin­a­lia devi­en­nent bien plus des témoins de son affec­tion, de son ami­tié pour ses proches et l’occasion de man­i­fester son état émo­tion­nel comme on peut le retrou­ver d’ailleurs dans les man­u­scrits des scribes islandais du XIVe siècle11Dans sa thèse con­sacrée aux mar­gin­a­lia dans les man­u­scrits islandais du XIVe siè­cle, Schott repère les pre­mières traces d’une lec­ture intime : ils ne cherchent plus à guider l’étudiant dans sa quête du savoir mais ren­dent compte de leur sit­u­a­tion matérielle et cor­porelle et utilisent pour cela l’espace édi­to­r­i­al. Voir Schott Chris­tine Marie, “Inti­mate Read­ing: Mar­gin­a­lia in Medieval Man­u­scripts”, PhD, Uni­ver­si­ty of Vir­ginia, 2012. ou dans les man­u­scrits slaves sous la péri­ode ottomane. Ain­si, “com­menter un texte [à la Renais­sance], c’est instau­r­er un dia­logue avec lui.”12Jean Céard, “De l’encyclopédie au com­men­taire, du com­men­taire à l’encyclopédie : le temps de la Renais­sance” dans Roland Schaer (dir.), Tous les savoirs du monde, Paris, BnF/Flammarion, 1996, p. 164.

La page : une maison

Une métaphore traduit bien ce nou­veau rap­port au texte. Pen­dant la Renais­sance human­iste, la page et le livre sont com­parés à une mai­son13Gérard Mil­he Putin­gon, “La note mar­ginale au XVIe : une expéri­ence de l’espace”, dans Jean-Claude Arnould et Clau­dine Poulouin (dir.), Notes : études sur l’annotation en lit­téra­ture, Pub­li­ca­tions des uni­ver­sités de Rouen et du Havre, 2008, p. 45–63. : on y passe du temps, on s’y habitue, on l’explore, on y trou­ve des endroits priv­ilégiés ; les human­istes retrou­vent le sens orig­inel du verbe “annot­er” qui sig­nifi­ait aus­si “inven­to­ri­er les biens d’une mai­son”, c’est-à-dire faire l’état des lieux avant de pos­er les valis­es, de s’y dépos­er, de se dépli­er, comme dans une “queren­cia”.

les human­istes retrou­vent le sens orig­inel du verbe “annot­er” qui sig­nifi­ait aus­si “inven­to­ri­er les biens d’une mai­son”, c’est-à-dire faire l’état des lieux avant de pos­er les valis­es, de s’y dépos­er, de se dépli­er

L’annotation joue ici un rôle fon­da­men­tal : elle per­met de prospecter la sur­face de lec­ture et d’appréhender la volumétrie du livre, ses lieux, ses coins ; elle des­sine, à mesure que mar­ques, mots, traits, cer­cles appa­rais­sent, une géo­gra­phie du texte, un espace à vivre qui se déploie petit à petit, comme un foy­er ou un paysage. Or, un foy­er se range, s’entretient. Le mod­èle pré­con­isé par les human­istes est min­i­mal­iste : pren­dre soin de cet espace reve­nait à éviter de le sur­charg­er en anno­ta­tions mar­ginales pour s’éloigner de l’espace gré­gaire du Moyen Âge et de son mod­èle textuel sat­uré de notes et de commentaires.14Gérard Mil­he Putin­gon, Op. cit.

Restaurer le sens véritable du texte

À la Renais­sance, l’annotation devient ain­si un out­il thérapeu­tique et archéologique : elle a pour fonc­tion de restau­r­er le sens orig­inel des textes, de les “défaire des vête­ments encom­brants du com­men­taire pour retrou­ver à nu la force agis­sante des paroles qu’il porte.”15Jean-Marc Châtelin, 1999, “Human­isme et cul­ture de la note”, Le Livre annoté, Revue de la Bib­lio­thèque nationale de France, 1999, p. 26–37., p. 36Il s’agit de chercher, sous les sédi­ments du com­men­taire, le chemin qui mène à la pre­mière state du texte, la plus authen­tique — ambi­tion sans doute illu­soire, fan­tas­mée, lieu com­mun des human­istes qui essayaient de “lire directe­ment les textes orig­in­aux, se faisant gloire d’ignorer les com­men­taires médié­vaux, sauf pour se gauss­er de leurs erreurs”16Anthony Grafton, “Le lecteur human­iste à la Renais­sance” dans Gugliel­mo Cav­al­lo et Roger Charti­er (dir.), His­toire de la lec­ture dans le monde occi­den­tal, Paris, Seuil, 2001, p. 221–263., comme en témoigne un pas­sage de Pan­ta­gru­el où la glose mar­ginale est com­parée à de la  “merde”.

C’est pourquoi la main qui recopi­ait le texte pou­vait être la même que celle qui le commentait17Adolfo Tura, “Essai sur les mar­gin­a­lia en tant que pra­tique et doc­u­ments” dans Daniel Jacquart et Danielle Bur­nett (dir.), Sci­en­tia in Mar­gine. Etudes sur les mar­gin­a­lia dans les man­u­scrits sci­en­tifiques du Moyen Âge à la Renais­sance, Genève, Droz, 2005 p. 261–380. : recopi­er et com­menter rel­e­vait de la même opéra­tion de rétab­lisse­ment du texte dans sa pureté et pour cela, l’humaniste cher­chait à maîtris­er tous les niveaux de pro­duc­tion du texte, de sa vis­i­bil­ité à sa lis­i­bil­ité pour retrou­ver sa place dans un sys­tème scrip­tur­al et dis­cur­sif qui dépos­sé­dait man­i­feste­ment le lecteur de sa lec­ture, de sa capac­ité de raison­ner et de com­mu­nion avec le texte. Ain­si, les marges firent l’objet de con­flits et de négo­ci­a­tions à cette époque qui cul­mi­ment sans doute dans le com­bat des réfor­ma­teurs anglais pour la dis­pari­tion des anno­ta­tions dès 1518 dans les bibles protes­tantes, afin de retrou­ver un con­tact plus direct avec le Christ.18McClymond, “Through a Gloss Dark­ly: Bib­li­cal Anno­ta­tions and The­o­log­i­cal Inter­pre­ta­tion in Mod­ern Catholic and Protes­tant Eng­lish-Lan­guage Bibles”, The­o­log­i­cal Stud­ies, 67 (3), p. 477–497. Les posi­tions étaient cepen­dant plus nuancées entre calvin­istes, qui refu­saient une lec­ture sans accom­pa­g­ne­ment, et spir­i­tu­al­istes. Voir Jean-François Gilmont, Le Livre réfor­mé au XVIe siè­cle, Paris, Édi­tions de la BnF, 2005.

L’annotation est ce par quoi je peux me res­saisir, entamer un dia­logue tem­po­ral­isé avec moi-même, mesur­er l’écart qui me sépare de mes pre­mières gammes, jusqu’à suiv­re mon iden­tité scrip­turale sur plusieurs dizaines d’années

Une telle tech­nique répondait plus large­ment à une con­cep­tion morale : du XVe au XVIe siè­cles, l’annotation par­ticipe à un pro­gramme péd­a­gogique et spir­ituel sur la for­ma­tion de l’individu19Châte­lain, op. cit. ; elle est, pour repren­dre une for­mule de Pierre Hadot pop­u­lar­isée par Fou­cault, une “tech­nique de soi” qui con­sis­tait à extraire (ars excer­pen­di) les for­mules les plus dignes au cours de ses lec­tures et à les con­sign­er dans des car­nets thé­ma­tisés ou livres de lieux communs.20Cette ques­tion a fait l’objet d’une lit­téra­ture his­torique impor­tante. Voir par exem­ple Jean-Marc Châte­lain, “Les recueils d’Adversaria aux XVIe et XVI­Ie siè­cles : des pra­tiques de la lec­ture savante au style de l’érudition” dans Frédéric Bar­bi­er et al. (eds.), Études offertes en l’honneur du Pro­fesseur Hen­ri-Jean Mar­tin, Genève, Droz, 1997, p. 169–186 ; William H. Sher­man, Used Books : Mark­ing Read­ers in Renais­sance Eng­land, Penn­syl­vanie, Uni­vesi­ty of Penn­syl­va­nia Press, 2009..

Le dia­logue avec le texte est donc avant tout un dia­logue avec soi : comme on le ver­ra dans la deux­ième par­tie, au moment de théoris­er la notion de “con­ver­sa­tion”, l’annotation est une tech­nique qui per­met de trou­ver sa voix pro­pre dans celle de l’autre (médi­atisée par l’écriture). Elle est ce par quoi je peux me res­saisir, entamer un dia­logue tem­po­ral­isé avec moi-même, mesur­er l’écart qui me sépare de mes pre­mières gammes, jusqu’à suiv­re mon iden­tité scrip­turale sur plusieurs dizaines d’années.21L’humaniste Gabriel Her­vey avait par exem­ple l’habitude d’annoter plusieurs fois ses textes si bien qu’à la fin de sa vie, sa main trem­blante finit par ren­con­tr­er la main hési­tante de son ado­les­cence. Voir Vir­ginia F. Stern, Gabriel Har­vey : His Life, Mar­gin­a­lia and Library, Oxford, Claren­don Press, 1979..

Peu à peu, l’annotation perd cepen­dant cette fonc­tion : au XVI­Ie siè­cle, elle devient essen­tielle­ment chez les human­istes (d’autres modes de lec­ture exis­taient en effet dans la population22Si la cri­tique et l’histoire des pra­tiques textuelles se con­cen­trent le plus sou­vent sur les human­istes, parce que leurs pra­tiques sont vir­tu­os­es, tout le monde ne lisait pas de cette façon durant cette péri­ode. Voir par exem­ple les travaux d’Alison Wig­gins sur des anno­ta­tions de lecteurs ordi­naires de 1532 à 1602 : “What Did Renais­sance Read­ers Write in their Print­ed Copies of Chaucer”, The Library, 9 (1), 2008, p. 3–36.) une tech­nique pro­fes­sion­nelle et doc­u­men­taire qui con­sis­tait à extraire, class­er, thé­ma­tis­er, index­er, repér­er les artic­u­la­tions du texte.

Entre privatisation et circulation

Au XVI­I­Ie siè­cle pour­tant, elle retrou­ve sa fonc­tion dialogique, après une péri­ode de tech­nic­ité exces­sive : certes les livres de com­pi­la­tion et de lieux com­muns ne cessent de se développer23Neil Rhodes et Jonathan Saw­day, The Renais­sance Com­put­er, Lon­dres, Rout­ledge, 2002 ; David Allan, Com­mon­place books and read­ing in Geor­gian Eng­land, Cam­bridge (Grande-Bre­tagne), Cam­bridge Uni­ver­si­ty Press, 2010., notam­ment grâce à l’art d’extraire (voir plus haut) qui per­me­t­tait d’identifier des phras­es mémorables pour les con­sign­er dans des car­nets de lec­ture. Mais le per­fec­tion­nement des tech­nolo­gies de repérage24Cette ques­tion est bien doc­u­men­tée par Ann Blair dans Too Much to Know, Man­ag­ing Schol­ar­ly Infor­ma­tion before the Mod­ern Age, New Haven (Con­necti­cut), Yale Uni­ver­si­ty Press, 2010. (index, tables des matières, etc.), nées au Moyen Âge25Sur ces ques­tions voir Mary A. Rouse, Richard H. Rouse, “La nais­sance des index” dans Hen­ri-Jean Mar­tin et Roger Charti­er (dir.), His­toire de l’édition française, t.1, Le Livre con­quérant. Du Moyen Âge au milieu du XVI­Ie siè­cle, Paris, Fayard/ Cer­cle de la Librairie, p. 95–108, 1989., délestent l’annotation de cer­taines de ses fonc­tions tech­niques et notam­ment de la col­lec­tion d’informations. À cette époque, les anno­ta­tions mar­ginales s’affranchissent de la tutelle des lieux com­muns, à mesure que les marges latérales se libèrent peu à peu des com­men­taires et des mar­gin­a­lia imprimés26La manchette survit encore à la fin du XVIe siè­cle mais s’affaiblit pro­gres­sive­ment même si à la fin du XVI­Ie jusqu’au pre­mier quart du XIXe siè­cle la mar­ginale biographique s’établit. Voir François Marotin (ed.), La Marge, Actes du col­loque de Cler­mont-Fer­rand (1986), Cler­mont-Fer­rand, Pub­li­ca­tion de la Fac­ulté de Let­tres et de Sci­ences humaines de l’Université Blaise Pas­cal ; Jacques Dür­ren­matt, La note d’autorité aperçus his­toriques (XVIe-XVI­I­Ie siè­cles), Paris, Hon­oré Cham­pi­on, 2008. ; les scrip­teurs utilisent le blanc des marges pour “man­i­fester leur réac­tion face au livre, se l’approprier tant dans son exis­tence matérielle d’objet acheté, offert, reçu, dont les péré­gri­na­tions sont rap­pelées sur la page de titre, que dans son texte lui-même, qui sus­cite émo­tions, sou­venirs, et désirs.” 27Charti­er, 2013, Op. cit..

Cette évo­lu­tion matérielle s’accompagne d’une diver­si­fi­ca­tion des lieux de lec­ture : du XVe au XVI­I­Ie siè­cles, les corps se retranchent pro­gres­sive­ment dans la cham­bre et le lit ; ils se replient lit­térale­ment sur le livre28Bray­man Hack­el, Read­ing Mate­r­i­al in Ear­ly Mod­ern Eng­land, Cam­bridge (Grande-Bre­tagne), Cam­bridge Uni­ver­si­ty Press, 2009. et gar­dent des traces de cette inter­ac­tion ser­rée. On sait ain­si que Leib­niz lisait New­ton une pipe à la bouche, comme en témoignent les rousseurs qui tra­versent les pages d’un man­u­scrit brûlé par les brandons.29Radiu Ruciu, “Isaac New­ton, Philosophi­ae Nat­u­ralis Prin­cip­ia Math­e­mat­i­ca. Anno­ta­tions auto­graphes de G.W Leib­niz”, dans Le Lecteur à l’oeuvre, Lau­sanne, Info­lio, 2013, p. 152–155.

On sait ain­si Leib­niz lisait New­ton une pipe à la bouche, comme en témoignent les rousseurs qui tra­versent les pages d’un man­u­scrit brûlé par les bran­dons

Para­doxale­ment, les anno­ta­tions cir­cu­lent plus, alors qu’elles se pri­va­tisent et devi­en­nent plus intimes : les livres passent de main en main ; les scrip­teurs savent par­faite­ment que leurs écrits seront lus par d’autres lecteurs ; un dia­logue dif­féré s’engage, à mesure que les cab­i­nets de lec­ture se dévelop­pent au XVI­I­Ie siècle30Roger Charti­er,” Sociétés de lec­ture et cab­i­nets de lec­ture en Europe au XVI­I­Ie. Essai de typolo­gie” dans Sociétés et cab­i­nets de lec­ture entre lumières et roman­tisme, Société de lec­ture, 1995, p. 43–57. et que la page con­naît de nou­velles trans­for­ma­tions matérielles (les notes passent des marges latérales aux marges inférieures). Bien évidem­ment, la cir­cu­la­tion sociale des anno­ta­tions exis­tait bien avant cette époque mais elles ne cir­cu­lent désor­mais plus de manière anonyme (à l’exception peut-être de l’antiquité gré­co-romaine). Les scrip­teurs écrivent désor­mais avec un lecteur en vue, ce qui peut con­duire à des formes de théâ­tral­i­sa­tion posthume et de surenchère.

Un accès aux “pensées véritables” d’un auteur ?

C’est pourquoi on doit tou­jours regarder les mar­gin­a­lia avec beau­coup de pru­dence : elles ne don­nent pas accès à la “pen­sée véri­ta­ble” d’un scrip­teur ou d’un auteur, retranché en lui-même et tel qu’en lui-même ; il n’y a pas plus sociale qu’une activ­ité dite privée et d’autant plus en matière de lec­ture et d’écriture. Or, c’est bien ce mod­èle (l’accès direct) qui pré­domine depuis le début du XIXe siè­cle, à une époque où les anno­ta­tions de Coleridge, le roman­tique anglais, ont été pub­liées pour la pre­mière fois dans la revue Black­wood comme un exem­ple par­fait du dia­logue entretenu par l’auteur avec ses livres.31Voir ma thèse, page 70.

Depuis lors, les mar­gin­a­lia sont pen­sées comme un point d’entrée inédit dans la “per­son­nal­ité” de l’auteur et son ate­lier, parce qu’elle serait écrite sans souci de cir­cu­la­tion, avec hâte et spon­tanéité. Exem­plaire, à ce titre, un texte uni­ver­si­taire de 1930 sur les anno­ta­tions de Voltaire, qui dit bien la con­cep­tion que l’on se fait alors de l’annotation :

Il y a pour­tant un autre moyen de se rap­procher de la per­son­nal­ité de Voltaire. Heureuse­ment­pour nous, il avait l’habitude comme tant d’autres lecteurs sérieux, de faire des com­men­taires en marge des livres qui l’intéressaient par­ti­c­ulière­ment ou exci­taient vive­ment sa colère. Dans ses notes mar­ginales, il nous a lais­sé des traces authen­tiques de ses impres­sions les plus intimes. Ce sont des notes écrites de sa pro­pre main, à la hâte, spon­tané­ment, d’un seul jet, sans arrière-pen­sée ni aucune de ces con­sid­éra­tions de pru­dence si néces­saires dans tout ce qu’il écrivait pour le grand public.”32George R. Havens, 1933, “Les notes mar­ginales de Voltaire sur Rousseau”, Revue d’Histoire lit­téraire de la France, 3, p. 434–440.

Le mod­èle con­ver­sa­tion­nel s’accompagne ain­si aux XIXe-XXe siè­cles d’un espoir ou d’un fan­tasme (élu­cider l’acte créatif), à mesure que la fétichi­sa­tion des traces auc­to­ri­ales prend de l’ampleur et que l’auteur devient un écrivain.33Sur ce pas­sage, voir les travaux d’Alain Viala.

Une pratique honteuse

Dans le même temps (l’histoire des pra­tiques textuelles est com­plexe, hétérogène), les mar­gin­a­lia des lecteurs ordi­naires subis­sent tout au long du XIXe et au XXe siè­cles un dis­crédit général : les bib­lio­thèques inter­dis­ent leurs lecteurs d’annoter les livres si bien qu’un véri­ta­ble “tabou” se développe34Voir H.J Jack­son, Mar­gin­a­lia : Read­ers Writ­ing in Books, New Haven, Yale Uni­ver­si­ty Press, 2002. : écrire dans les marges s’apparente une pra­tique hon­teuse, par­faite­ment assumée par l’institution qui entend réguler l’accès à ses col­lec­tions (ci-dessous).

Cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion de la bib­lio­thèque de l’Université Laval sur la porte des ascenseurs (févi­er 2012, pho­togra­phie per­son­nelle).

Les rela­tions entre l’annotation, les règles et l’institution sont com­plex­es, trop pour que j’aborde ce chapitre ici qui porte exclu­sive­ment sur le mod­èle con­ver­sa­tion­nel. Je me con­tenterai de soulign­er que ce dia­logue avec le texte n’a cessé d’être déval­orisé tout au long du XXe siè­cle (même si l’on observe bien évidem­ment des con­tre­points), au point que Vir­ginia Woolf con­sid­érait que les anno­ta­tions s’apparentaient à une vio­la­tion sex­uelle (sic) du texte et des lecteurs à venir35Voir Sher­man, Op. cit..

Juguler la défiance des réseaux : nouveau rôle des marginalia

On doit sans doute à l’Internet et au web une renais­sance de la pra­tique de l’annotation, même si ce con­stat (hypothé­tique) mérit­erait des véri­fi­ca­tions his­toriques. L’annotation est au coeur de la pra­tique infor­ma­tique. Dans le doc­u­ment de présen­ta­tion de “Mesh” (1989) , la pre­mière ver­sion du “web” (1990), Tim Bern­ers-Lee fait de la note, du com­men­taire et du résumé des exem­ples pos­si­bles des nœuds d’un sys­tème hypertextuel36Todd A. Car­pen­ter, “IAn­no­tate — What­ev­er Hap­pened to the Web as an Anno­ta­tion Sys­tem?”, 30 avril 2013., capa­ble de gér­er l’information dans des struc­tures com­plex­es, comme le CERN où tra­vail­lait l’informaticien. Inspiré de l’hypertexte du Mémex de Van­nevar Bush (1945) , de l’hypertexte de Ted Nel­son (1965) , de l’HyperCard de Bill Atkin­son et du oN Line Sys­tem de Dou­glas Engel­bart (1968) , le sys­tème de Bern­ers-Lee a béné­fi­cié d’une heureuse con­ver­gence tech­nologique, socié­tale, économique qui a pop­u­lar­isé les travaux de ces pio­nniers en ges­tion de l’information et de la doc­u­men­ta­tion.

S’il n’est pas le pre­mier nav­i­ga­teur web, Mosa­ic, dévelop­pé en 1992, a par­ticipé de cette val­ori­sa­tion de l’annotation. En effet, elle était une pièce maîtresse de son dis­posi­tif, comme l’a récem­ment expliqué l’un de ses con­cep­teurs, Marc Andreessen, suite à l’investissement de son groupe dans le logi­ciel d’annotation Genius :

Back in 1993, when Eric Bina and I were first build­ing Mosa­ic, it seemed obvi­ous to us that users would want to anno­tate all text on the web – our idea was that each web page would be a launch­pad for insight and debate about its own con­tents. So we built a fea­ture called “group anno­ta­tions” right into the brows­er – and it worked great – all users could com­ment on any page and dis­cus­sions quick­ly ensued”

Là encore, le mod­èle con­ver­sa­tion­nel, dans ses exten­sions séman­tiques (“dis­cus­sions”, “debate”, “groupe”), est omniprésent : la page web est pen­sée comme un embrayeur qui doit per­me­t­tre à un ensem­ble d’usagers de débuter une con­ver­sa­tion. Le coût trop élevé de la ges­tion de cette base dynamique découragea cepen­dant Andreessen qui n’obtint pas le sou­tien de la Nation­al Sci­ence Foun­da­tion. L’annotation dis­parut ain­si de Netscape, sur lequel tra­vail­la l’équipe de Mosa­ic en 1994, mais l’idée de Marc Andreeseen fut reprise par les chercheurs. On trou­ve cet héritage jusque dans Hypothes.is ou Tex­tus aujourd’hui (voir égale­ment “Les Dig­i­tal Human­i­ties et la ques­tion de l’annotation col­lab­o­ra­tive”).

Comme à la Renais­sance, ces dis­posi­tifs investis­sent l’annotation d’une mis­sion : restau­r­er le sens véri­ta­ble des textes. La démarche est cepen­dant bien dif­férente : les human­istes cher­chaient à désen­gorg­er le texte de ses com­men­taires alors que les dis­posi­tifs infor­ma­tiques font le pari inverse ; le dia­logue doit per­me­t­tre, à une époque où les fauss­es infor­ma­tions pul­lu­lent, de juguler la défi­ance sociale envers les réseaux, soit en don­nant une place au col­lec­tif, soit en deman­dant à des autorités (les uni­ver­si­taires, les jour­nal­istes), qui appa­rais­sent comme les gar­di­ens du sens, de véri­fi­er la per­ti­nence d’une infor­ma­tion.

Conclusion partielle

Il y aurait encore beau­coup à dire sur le mod­èle con­ver­sa­tion­nel (manière dont les étudiant.e.s con­stru­isent de petits réc­its sur Insta­gram ou Twit­ter avec leurs anno­ta­tions, par exem­ple ; voir “L’annotation comme graf­fi­ti”). Je n’ai pas cher­ché ici à être exhaus­tif mais à mon­tr­er que la con­ver­sa­tion, la dis­cus­sion, le débat sont au coeur de la pra­tique de l’annotation depuis des siè­cles. On prête à cette toute petite forme her­méneu­tique toute sorte de pou­voir, de l’élucidation de l’acte créatif des auteurs à la restau­ra­tion d’un degré zéro du texte, comme s’il fal­lait se méfi­er de l’accumulation, de l’histoire, des strates, comme si on pou­vait regarder un texte autrement qu’à tra­vers les lunettes des siè­cles.

Nous avons égale­ment vu que le mod­èle con­ver­sa­tion­nel avait été — comme tou­jours — dévoyé par les indus­triels du web ou plutôt, cap­té pour en faire autre chose, sous cou­vert de garder son esprit orig­inel. Dans la sec­onde par­tie de ce bil­let, je pro­pose donc d’explorer la notion de “con­ver­sa­tion”, d’un point de vue théorique, pour retrou­ver son épais­seur intel­lectuelle : car si nous devons désen­gorg­er les con­cepts et les textes de leurs scories, c’est au niveau mythologique.

Notes   [ + ]

1. Voir l’entrée “Dia­texte” dans Yves Jean­neret, Cri­tique de la triv­i­al­ité, Édi­tions non Stan­dard, 2014.
2. Source : http://blog.readmill.com/post/66184218374/a-new-way-to-read-together, le 6/11/2013.
3. Source : http://www.thecopia.com/home/index.html en 2013. Cap­ture d’écran le 23/04/2013.
4. Par ce terme, Eti­enne Can­del désigne la mise en ten­sion des usagers, qui sont “appelés à” par­ticiper, “excités”, si l’on se fie à l’étymologie du mot “provo­ca­tion”. Voir Eti­enne Can­del, “Penser le web (comme) “social” : sur les lec­tures con­tem­po­raines des écrits de réseau” dans Estrel­la Rojas (dir.), Réseaux socion­umériques et médi­a­tions humaines. Le social est-il sol­u­ble dans le Web ?, Her­mès Lavoisi­er, p. 33–60.
5. Louise Merzeau, “La médi­a­tion iden­ti­taire”, Revue Française des Sci­ences de l’information et de la com­mu­ni­ca­tion, 1, 2012, en ligne : http://rfsic.revues.org/193. Source con­sultée le 8/04/2019.
6. Bouquillion et Matthews, Le Web col­lab­o­ratif : muta­tions des indus­tries de la cul­ture et de la com­mu­ni­ca­tion, Greno­ble, Press­es uni­ver­si­taires de Greno­ble, 2010., p. 82
7. Roger Charti­er, “Pou­voirs de l’écrit et manières de lire” dans Michel Jean­neret et al., Le lecteur à l’oeuvre, Suisse, Info­lio, 2013, p. 5–17.
8. Kathy Eden, The Renais­sance Redis­cov­ery of Inti­ma­cy, Uni­ver­si­ty Press of Chica­go, 2012.
9. Sophie Houdart, “Un monde à soi ou les espaces privés de la pen­sée” dans Chris­t­ian Jacob, Lieux de savoir, Albin Michel, 2007, p. p. 363–371.
10. Marie-Hélène Tes­nière, “Pétrar­que lecteur de Tite-Live : les anno­ta­tions du man­u­scrit latin 5690 de la Bib­lio­thèque nationale de France”, Le livre annoté, Revue de la Bib­lio­thèque nationale de France, 1999, p. 37–41
11. Dans sa thèse con­sacrée aux mar­gin­a­lia dans les man­u­scrits islandais du XIVe siè­cle, Schott repère les pre­mières traces d’une lec­ture intime : ils ne cherchent plus à guider l’étudiant dans sa quête du savoir mais ren­dent compte de leur sit­u­a­tion matérielle et cor­porelle et utilisent pour cela l’espace édi­to­r­i­al. Voir Schott Chris­tine Marie, “Inti­mate Read­ing: Mar­gin­a­lia in Medieval Man­u­scripts”, PhD, Uni­ver­si­ty of Vir­ginia, 2012.
12. Jean Céard, “De l’encyclopédie au com­men­taire, du com­men­taire à l’encyclopédie : le temps de la Renais­sance” dans Roland Schaer (dir.), Tous les savoirs du monde, Paris, BnF/Flammarion, 1996, p. 164.
13. Gérard Mil­he Putin­gon, “La note mar­ginale au XVIe : une expéri­ence de l’espace”, dans Jean-Claude Arnould et Clau­dine Poulouin (dir.), Notes : études sur l’annotation en lit­téra­ture, Pub­li­ca­tions des uni­ver­sités de Rouen et du Havre, 2008, p. 45–63.
14. Gérard Mil­he Putin­gon, Op. cit.
15. Jean-Marc Châtelin, 1999, “Human­isme et cul­ture de la note”, Le Livre annoté, Revue de la Bib­lio­thèque nationale de France, 1999, p. 26–37., p. 36
16. Anthony Grafton, “Le lecteur human­iste à la Renais­sance” dans Gugliel­mo Cav­al­lo et Roger Charti­er (dir.), His­toire de la lec­ture dans le monde occi­den­tal, Paris, Seuil, 2001, p. 221–263.
17. Adolfo Tura, “Essai sur les mar­gin­a­lia en tant que pra­tique et doc­u­ments” dans Daniel Jacquart et Danielle Bur­nett (dir.), Sci­en­tia in Mar­gine. Etudes sur les mar­gin­a­lia dans les man­u­scrits sci­en­tifiques du Moyen Âge à la Renais­sance, Genève, Droz, 2005 p. 261–380.
18. McClymond, “Through a Gloss Dark­ly: Bib­li­cal Anno­ta­tions and The­o­log­i­cal Inter­pre­ta­tion in Mod­ern Catholic and Protes­tant Eng­lish-Lan­guage Bibles”, The­o­log­i­cal Stud­ies, 67 (3), p. 477–497. Les posi­tions étaient cepen­dant plus nuancées entre calvin­istes, qui refu­saient une lec­ture sans accom­pa­g­ne­ment, et spir­i­tu­al­istes. Voir Jean-François Gilmont, Le Livre réfor­mé au XVIe siè­cle, Paris, Édi­tions de la BnF, 2005.
19. Châte­lain, op. cit.
20. Cette ques­tion a fait l’objet d’une lit­téra­ture his­torique impor­tante. Voir par exem­ple Jean-Marc Châte­lain, “Les recueils d’Adversaria aux XVIe et XVI­Ie siè­cles : des pra­tiques de la lec­ture savante au style de l’érudition” dans Frédéric Bar­bi­er et al. (eds.), Études offertes en l’honneur du Pro­fesseur Hen­ri-Jean Mar­tin, Genève, Droz, 1997, p. 169–186 ; William H. Sher­man, Used Books : Mark­ing Read­ers in Renais­sance Eng­land, Penn­syl­vanie, Uni­vesi­ty of Penn­syl­va­nia Press, 2009.
21. L’humaniste Gabriel Her­vey avait par exem­ple l’habitude d’annoter plusieurs fois ses textes si bien qu’à la fin de sa vie, sa main trem­blante finit par ren­con­tr­er la main hési­tante de son ado­les­cence. Voir Vir­ginia F. Stern, Gabriel Har­vey : His Life, Mar­gin­a­lia and Library, Oxford, Claren­don Press, 1979.
22. Si la cri­tique et l’histoire des pra­tiques textuelles se con­cen­trent le plus sou­vent sur les human­istes, parce que leurs pra­tiques sont vir­tu­os­es, tout le monde ne lisait pas de cette façon durant cette péri­ode. Voir par exem­ple les travaux d’Alison Wig­gins sur des anno­ta­tions de lecteurs ordi­naires de 1532 à 1602 : “What Did Renais­sance Read­ers Write in their Print­ed Copies of Chaucer”, The Library, 9 (1), 2008, p. 3–36.
23. Neil Rhodes et Jonathan Saw­day, The Renais­sance Com­put­er, Lon­dres, Rout­ledge, 2002 ; David Allan, Com­mon­place books and read­ing in Geor­gian Eng­land, Cam­bridge (Grande-Bre­tagne), Cam­bridge Uni­ver­si­ty Press, 2010.
24. Cette ques­tion est bien doc­u­men­tée par Ann Blair dans Too Much to Know, Man­ag­ing Schol­ar­ly Infor­ma­tion before the Mod­ern Age, New Haven (Con­necti­cut), Yale Uni­ver­si­ty Press, 2010.
25. Sur ces ques­tions voir Mary A. Rouse, Richard H. Rouse, “La nais­sance des index” dans Hen­ri-Jean Mar­tin et Roger Charti­er (dir.), His­toire de l’édition française, t.1, Le Livre con­quérant. Du Moyen Âge au milieu du XVI­Ie siè­cle, Paris, Fayard/ Cer­cle de la Librairie, p. 95–108, 1989.
26. La manchette survit encore à la fin du XVIe siè­cle mais s’affaiblit pro­gres­sive­ment même si à la fin du XVI­Ie jusqu’au pre­mier quart du XIXe siè­cle la mar­ginale biographique s’établit. Voir François Marotin (ed.), La Marge, Actes du col­loque de Cler­mont-Fer­rand (1986), Cler­mont-Fer­rand, Pub­li­ca­tion de la Fac­ulté de Let­tres et de Sci­ences humaines de l’Université Blaise Pas­cal ; Jacques Dür­ren­matt, La note d’autorité aperçus his­toriques (XVIe-XVI­I­Ie siè­cles), Paris, Hon­oré Cham­pi­on, 2008.
27. Charti­er, 2013, Op. cit.
28. Bray­man Hack­el, Read­ing Mate­r­i­al in Ear­ly Mod­ern Eng­land, Cam­bridge (Grande-Bre­tagne), Cam­bridge Uni­ver­si­ty Press, 2009.
29. Radiu Ruciu, “Isaac New­ton, Philosophi­ae Nat­u­ralis Prin­cip­ia Math­e­mat­i­ca. Anno­ta­tions auto­graphes de G.W Leib­niz”, dans Le Lecteur à l’oeuvre, Lau­sanne, Info­lio, 2013, p. 152–155.
30. Roger Charti­er,” Sociétés de lec­ture et cab­i­nets de lec­ture en Europe au XVI­I­Ie. Essai de typolo­gie” dans Sociétés et cab­i­nets de lec­ture entre lumières et roman­tisme, Société de lec­ture, 1995, p. 43–57.
31. Voir ma thèse, page 70.
32. George R. Havens, 1933, “Les notes mar­ginales de Voltaire sur Rousseau”, Revue d’Histoire lit­téraire de la France, 3, p. 434–440.
33. Sur ce pas­sage, voir les travaux d’Alain Viala.
34. Voir H.J Jack­son, Mar­gin­a­lia : Read­ers Writ­ing in Books, New Haven, Yale Uni­ver­si­ty Press, 2002.
35. Voir Sher­man, Op. cit.
36. Todd A. Car­pen­ter, “IAn­no­tate — What­ev­er Hap­pened to the Web as an Anno­ta­tion Sys­tem?”, 30 avril 2013.