Espaces (la “querencia”)

Chez les argentins1Voir une émis­sion récente de Radio Cana­da sur ce sujet avec Guiller­mo Aure­ano et Alber­to Manguel : https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit/segments/chronique/103963/espagnol-che-guevara-aureano-guillermo-argentique. Les lignes qui suiv­ent s’inspirent de mes lec­tures sur l’habitat et l’espace : Bachelard évidem­ment, Pérec, Ingold, Proust, Schütz, etc., la queren­cia désigne une sorte de province de sens, le lieu que je suis le seul à voir dans un espace, que j’habite sans que per­son­ne ne le sache. La queren­cia est là où je m’étale et me ramasse, comme dans un tiroir. C’est un envi­ron­nement qui ne fait sens que pour moi (qui n’est qu’à moi). J’y ai défi­ni des seuils invis­i­bles, déposé des lam­pes frag­iles, plan­té mes ongles sans mar­que. Une queren­cia est l’infini ramené à moi.

Dans un même espace, il y a sans doute autant de queren­cias que de per­son­nes pour les voir : toutes sont des agence­ments com­plex­es qui délim­i­tent un ter­ri­toire où s’exercent naturelle­ment, sans qu’elles n’aient besoin d’être explic­itées, des règles — ain­si des sacs sur les chais­es inoc­cupées et sur les tables, qui man­i­fes­tent — ren­dent vis­i­ble — une queren­cia, comme font les groupes d’étudiants au tra­vail.

  • mon blog : une queren­cia
  • ma poche : une queren­cia
  • son vis­age : une queren­cia
  • un livre : une queren­cia
  • ta main : une queren­cia
  • cette tasse : une queren­cia

(Com­ment les queren­cias se super­posent-elles, se tra­versent-elles ? Sont-elles en dia­logue, en négo­ci­a­tion, en con­flit ? Que vois-tu que je ne vois pas ? Pourquoi ne vois-tu pas ce que je vois ? De quoi est fait ton nid ? Où est ta queren­cia ?)

Notes   [ + ]

1. Voir une émis­sion récente de Radio Cana­da sur ce sujet avec Guiller­mo Aure­ano et Alber­to Manguel : https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit/segments/chronique/103963/espagnol-che-guevara-aureano-guillermo-argentique. Les lignes qui suiv­ent s’inspirent de mes lec­tures sur l’habitat et l’espace : Bachelard évidem­ment, Pérec, Ingold, Proust, Schütz, etc.