Portraits de mon corps (1) : le blog

Ce blog, comme ma bib­lio­thèque, est mon corps. Con­traire­ment à ce qu’affirment cer­taines théories (la cog­ni­tion dis­tribuée, par exem­ple), aux­quelles je souscris par­fois, l’espace et le monde ne sont pas ses exten­sions : un corps n’est pas un “meu­ble”, ou une unité physique (une réal­ité), qui pour­rait se dis­tribuer par endroits ; le corps est un assem­blage con­tin­uel d’espaces, d’objets, de cita­tions, de normes, de traces dont la par­tie la plus vis­i­ble, la plus sociale­ment lis­i­ble, est la chair.

Je ressens physique­ment mon blog : ses bil­lets se rap­pel­lent à moi, ils affleurent à ma con­science dans la journée, comme l’image inopinée d’un thé, d’une saveur ou d’une couleur. Pour vivre avec eux (seuls les malades sen­tent con­tin­uelle­ment une par­tie de leur corps), je les rabote, j’enlève leurs peaux mortes ; je les net­toie. Alors, pen­dant quelques semaines, ils s’aplanissent, com­posent un monde plat, coag­u­lent, avant de retrou­ver le relief et la vie sauvage dont je pen­sais pou­voir les priv­er.