Usages et pratiques : quelles différences ? (1/7) deux traditions d’analyse des manières de faire

Une série de bil­lets pour penser la dif­férence entre “usages” et “pra­tiques” sou­vent util­isés de manière syn­onymique mais qui trahissent pour­tant des appar­te­nances dis­ci­plinaires et des héritages bien différents.1Il y a encore à faire une typolo­gie des raisons pour lesquelles nous reprenons, même dans la com­mu­nauté sci­en­tifique, des ter­mes sans tou­jours nous inter­roger sur leur per­ti­nence. Ce peut-être faute de temps, par exem­ple, ou parce que l’article qui traite d’une ques­tion n’aborde qu’accessoirement la ques­tion des “usages”/“pratiques”; on peut aus­si ignor­er plus sim­ple­ment que leur con­vo­ca­tion fait prob­lème ou refuser de les traiter d’un point de vue épisté­mologique, parce que ce n’est pas le pro­pos, parce que d’autres l’ont fait mieux que nous, parce que les résul­tats d’une enquête pri­ment ou, peut-être, parce que le cor­recteur n’a pas jugé utile la dis­tinc­tion — lui-même, alors, mobilise des représen­ta­tions, des man­que­ments ou des igno­rances — com­me l’article, spé­cial­isé, s’inscrit dans un numéro de revue plus général­is­te, etc..

Introduction

Yves Jean­neret le décrit bien, en con­clu­sion de plusieurs études sur l’écriture menées par des équipes pluridisciplinaires2JEANNERET, Yves, TARDY, Cécile dir., Ecri­t­ure des médi­as infor­ma­tisés, Her­mès Lavoisier, 2007. :

Nous avons util­isé plusieurs ter­mi­nolo­gies, au fil du livre, pour car­ac­téris­er ces échanges entre l’univers des pra­tiques et celui des écri­t­ures. Cela tient aux dif­férences de par­cours entre les tuteurs impliqués dans la recherche, qui ont con­stru­it leurs ques­tion­nements selon d’autres itinéraires. Cer­tains risquent plus volon­tiers des “pra­tiques”, d’autres des “activ­ités”, d’autres encore des “usages”. (p. 213)

Yves Jean­neret pro­pose alors cette dis­tinc­tion entre l’usage et la pra­tique :

l’usage est un espace où s’ajustent les pro­grammes d’activité dévelop­pés par les sujets soci­aux (indi­vidu­els, mais social­isés, ou col­lec­tifs), avec les pro­grammes d’activité sémi­o­tisés dans les écrits : pro­grammes inscrits dans les pro­priétés de l’architexte, pro­grammes véhiculés par les réécri­t­ures dont ils se char­gent, d’où se for­ment des traces d’usages (con­servés, pub­li­cisés, anticipés). Mais si le tra­vail d’écriture peut représen­ter des pra­tiques et donc les inté­gr­er aux sphères de l’usage, il est loin de pou­voir saisir la total­ité des pra­tiques. Si bien que tous les usages se com­pren­nent par rap­port à d’autres caté­gories, normes, valeurs. (p. 214)

En d’autres ter­mes : l’usage est la pra­tique inscrite dans le dispositif3Le dis­posi­tif n’est pas réductible, ici, au logi­ciel : c’est, dans la per­spec­tive fou­cal­di­en­ne, une agré­ga­tion com­plexe ou plutôt, une intri­ca­tion de normes, représen­ta­tions, pra­tiques, insti­tu­tions, dis­cours et objets. Le logi­ciel d’écriture n’est donc qu’un des élé­ments qui con­stitue le dis­posi­tif. On trou­ve chez Le Marec et sa théorie des com­pos­ites une actu­al­i­sa­tion de cette déf­i­ni­tion, adap­tée aux SIC et notam­ment aux espaces let­trés com­me les bibliothèques.d’écriture, matéri­al­isée par des traces qui, recueil­lies et analysées, con­duiront poten­tielle­ment à la mise à jour d’un logi­ciel (manip­u­la­tion remar­quée de lis­tes de lec­ture sur Spo­ti­fy, par exem­ple, qui poussera l’éditeur à les met­tre plus en avant) . Or, si elle peut être inscrite à un moment don­né, la pra­tique échappe tou­jours à ce même dis­posi­tif (on peut, par exem­ple, établir par­tielle­ment des lis­tes de lec­ture sur Spo­ti­fy, et préfér­er un autre logi­ciel ou même un car­net de notes pour en créer d’autres). La pra­tique serait donc l’actualisation de l’usage inscrit dans le dis­posi­tif. Cette ten­sion est à l’origine d’un chas­sé-croisé per­ma­nent entre les con­cep­teurs des logi­ciels et leurs usagers, qui actu­alisent bien l’énoncé ou l’artefact (l’interface de lec­ture-écri­t­ure) par leurs manip­u­la­tions répétées et con­stam­ment déplacées.

La tradition française des usages

La dis­tinc­tion pro­posée par Jean­neret est en par­tie nour­rie par 30 ans d’études des usages dont Jau­reguiber­ry et Proulx (2011) pro­posent une his­toire et une syn­thèse rigoureuses.

Première topique : 1980–1995

Usages et appropriation

Dans les années 80 en effet, Certeau, dont les SIC, tout com­me l’anthropologie des pra­tiques lettrées4JACOB, Chris­tian, “Intro­duc­tion” dans JACOB, Chris­tian Des Alexan­dries (II) : Les méta­mor­phoses du lecteur, BnF, 2003. Cette par­en­té n’étonnera pas : Luce Gia­rd, qui avait déjà tra­vail­lé avec Certeau col­lab­o­ra avec Jacob pour le pre­mier vol­ume (Du livre au tex­te) de cette pub­li­ca­tion., se récla­ment sou­vent, avait mon­tré, à une épo­que où le con­som­ma­teur était réputé “manip­ulé”, que ce même con­som­ma­teur était, au con­traire, capa­ble de manip­u­la­tion, de détourne­ment, de créa­tion dans ses habi­tudes sup­posées de con­som­ma­tion. Tous les chercheurs sur les usages et leur appro­pri­a­tion fer­ont ain­si explicite­ment ou implicite­ment référence dès les années 80 au vocab­u­laire de Certeau (brico­lage, détourne­ment, déviance, bra­con­nage, etc.) pour sor­tir du piège que con­sti­tu­ait alors l’approche restric­tive (le con­som­ma­teur com­me pas­sif) ou car­cérale (les pra­tiques détenues par le pou­voir). Ain­si, la plu­part des études menées durant les années 1980–1995 selon la per­spec­tive des “usages et appro­pri­a­tion” (Jau­reguiber­ry, Proulx, 2011) ont con­sisté le plus sou­vent à mesur­er un écart entre l’usage pre­scrit (par un logi­ciel, par exem­ple) et l’usage effec­tif (ce que l’utilisateur fait vrai­ment). D’où la pro­mo­tion d’une alphabéti­sa­tion infor­ma­tique (on par­lerait plutôt aujourd’hui de numéri­tie) “com­me une source pos­si­ble d’autonomie pour les per­son­nes et d’émancipation sociale et poli­tique pour les groupes.” (Jau­reguiber­ry, Proulx, 2011, p. 79).

Diffusionnisme ; conception/utilisation

Par­al­lèle­ment, les études d’usages se sont dévelop­pées et diver­si­fiées selon deux approches clas­siques  :

  • L’approche dif­fu­sion­nis­te de l’adoption d’un objet tech­nique : his­torique­ment, ce courant a béné­fi­cié des travaux d’Everett M. Rogers. Ce dernier définit en 1962 dans son ouvrage Dif­fu­sion et Inno­va­tions les 5 phras­es du proces­sus d’adoption de l’innovation (con­nais­sance, per­sua­sion, déci­sion, mise en oeu­vre, con­fir­ma­tion) aux­quelles cor­re­spon­dent 5 car­ac­téris­tiques (avan­tage économique ou sym­bol­ique, com­pat­i­bil­ité avec les valeurs de l’individu, degré de com­plex­ité, essaya­bil­ité, vis­i­bil­ité) et 5 pro­fils d’usagers (inno­va­teurs, adop­tants pré­co­ces, majorité pré­co­ce, majorité tar­di­ve, retar­dataires). Aus­si séduisan­te soit-elle (et on la retrou­ve aujourd’hui un peu partout dans des arti­cles jour­nal­is­tiques rapi­des), cette clas­si­fi­ca­tion a fait l’objet de nom­breuses cri­tiques, notam­ment de la part des con­struc­tivis­tes pour lesquels l’adoption d’une inno­va­tion n’est pas aus­si sta­ble qu’elle n’y paraît. Ce mod­èle pense ain­si l’objet tech­nique d’un côté et la société de l’autre sans envis­ager les trans­for­ma­tions, au cours même du proces­sus d’adoption, que ses mem­bres génèrent sur l’objet tech­nique, redéfini à par­tir de leurs manip­u­la­tions, scrutées et analysées. Les suc­cesseurs de Rogers ont tenu compte de ces cri­tiques (tout com­me lui, d’ailleurs, qui pro­posa des amende­ments à son mod­èle) ; ils sont aujourd’hui représen­tés par les sta­tis­ti­ciens de la dif­fu­sion, qui ten­tent de prévoir les évo­lu­tions dans l’adoption d’un objet tech­nique.
  • Con­cep­tion et util­i­sa­tion : ce courant est porté par les ten­ants de l’ergonomie, soit “l’étude des con­di­tions d’obtention des meilleures per­for­mances humaines dans le con­tex­te de l’organisation indus­trielle.” (Jau­reguiber­ry, Proulx, 2011, p. 41)  On voit ain­si com­bi­en l’ergonomie fut, dans sa pre­mière forme, mar­quée par le tay­loris­me, Tay­lor et ses Principes d’organisation sci­en­tifique du tra­vail (1909) dont elle pro­longera et artic­ulera les travaux aux “inter­ac­tions” homme/machine, notam­ment à par­tir des usages. Les con­cep­teurs d’interface furent d’abord soucieux, jusqu’au début des années 70, de définir les “besoins des util­isa­teurs” (idem, p. 42,) qu’ils inscrivirent dans des pro­to­types testés sur le ter­rain. Puis dans les années 70 et 80, après s’être ren­du compte qu’une toute petite par­tie des fonc­tion­nal­ités de leurs inter­faces étaient util­isées, ils s’orientèrent vers deux objec­tifs (meilleure expli­ca­tion des fonc­tion­nal­ités ou con­vivi­al­ité accrue des inter­faces, plus réduites). Les années 80–90 virent la mul­ti­pli­ca­tion des recherch­es inter­dis­ci­plinaires (psy­cholo­gie, lin­guis­tique, soci­olo­gie, etc.) dans les envi­ron­nements de tra­vail pour com­pren­dre com­ment les indi­vidus tra­vail­laient et col­lab­o­raient. À par­tir des années 90, la théorie de l’acteur-réseau irrigua les travaux des chercheurs qui mon­trèrent com­ment l’utilisateur était inscrit dans le dis­posi­tif, c’est-à-dire anticipé par les con­cep­teurs de logi­ciel à par­tir d’une fig­ure imag­inée durant la con­cep­tion. Steve Wool­gar (soci­olo­gie bri­tan­nique) alla jusqu’à penser la tech­nolo­gie com­me un tex­te dans lequel l’usager est con­fig­uré et son iden­tité inté­grée dans l’écriture même du dis­posi­tif tech­nique. Il trou­ve ain­si sa place dans la lec­ture du tex­te logi­ciel. La “con­fig­u­ra­tion de l’usager” (Wool­gar, 1991)  trou­va en France des développe­ments rel­a­tive­ment proches à tra­vers le “cadre de fonc­tion­nement” de Flichy (1995), l’utilisation “dis­ci­plinée” de Thévenot (1993) et la “dou­ble médi­a­tion” de Jouët, 1993 (l’outil struc­ture la pra­tique mais la pra­tique se ressource dans le corps social). Enfin, à l’inverse de Wool­gar, la notion d’affordance de Gib­son actu­al­isée par Bar­dini (1996) refuse de faire d’un dis­posi­tif un tex­te qu’il suf­fi­rait de lire : elle accorde au con­traire à l’usager la capac­ité d’interprétation, c’est-à-dire la pos­si­bil­ité d’utilisations très var­iées. C’est dans un jeu per­ma­nent de réglages entre l’usager imag­iné par le con­cep­teur et le con­cep­teur imag­iné par l’usager qu’émerge le dis­posi­tif tech­nique.

4 catégories

Enfin, Jau­reguiber­ry et Proulx con­sid­èrent que la pre­mière top­ique des études des usages s’est con­sti­tuée autour de l’analyse de 4 caté­gories (p. 80–81) :

  • L’usage d’un objet tech­nique et son util­i­sa­tion : si l’utilisation désigne “l’interaction directe, le face-à-face entre l’individu et l’objet tech­nique”, la notion d’usage, elle, “sup­pose la con­sti­tu­tion d’une épais­seur soci­ologique à tra­vers l’émergence de rou­ti­nes d’emploi et d’habitude dans les “manières de faire” avec le dis­posi­tif.” (p. 80)
  • La pra­tique : elle regroupe un ensem­ble d’activités autour d’une même thé­ma­tique (par exem­ple : la pra­tique scrip­turale) dont cha­cune s’inscrit dans un rap­port avec un objet tech­nique (c’est l’usage). Or, les “manières de faire” avec cet objet sont sus­cep­ti­bles d’actualiser la pra­tique. Par exem­ple, l’introduction de l’ordinateur et du clavier dans la pra­tique scrip­turale élar­git la palet­te des “manières de faire”. L’usage d’une tech­nique pour­ra ain­si “faire sur­gir des élé­ments de nou­veauté dans la pra­tique de l’activité” (p. 80)
  • Les représen­ta­tions de la tech­nique : elles nais­sent de mul­ti­ples sources (école, inter­ac­tions, dis­cours pub­lic­i­taires et médi­a­tiques, etc.) et con­di­tion­nent les degrés de per­cep­tion de l’objet tech­nique.
  • Le con­tex­te social, cul­turel, poli­tique.

Seconde topique : 1995–2010

Les trois approches men­tion­nées et syn­thétisées ont cepen­dant bien  évolué depuis 1995 dans une sec­on­de top­ique (selon Jau­reguiber­ry et Proulx, 2011) de laque­lle peu­vent être dégagées 5 approches :

  • Inter­ac­tion util­isa­teur-dis­posi­tif (face-à-face entre l’un et l’autre) : le HCI (Human-Com­put­er Inter­ac­tion) s’est spé­cial­isé dans ce domaine et a mon­tré com­ment les usages, à la suite de la pre­mière top­ique, étaient con­traints par l’offre indus­trielle, qui sug­gère un mode d’emploi, pre­scrit des inter­dic­tions et impose des normes à par­tir de dis­cours pub­lic­i­taires d’accompagnement. On retrou­ve égale­ment dans le courant de cette sec­on­de top­ique le souci de mon­tr­er que l’utilisateur est capa­ble de déplace­ment, d’adaptation, d’extension et de détourne­ment (Akrich, 1998).
  • Coor­di­na­tion usager-con­cep­teur (représen­ta­tions des pre­miers et des sec­onds et manière dont ils s’ajustent en per­ma­nence; la col­lab­o­ra­tion est aus­si pos­si­ble et peut inter­venir à dif­férents stades de pro­duc­tion du dis­posi­tif tech­nique).
  • Usage situé dans une quo­ti­di­en­neté (expéri­ence de l’usager à tra­vers ses pra­tiques quo­ti­di­en­nes) : ces études sont rel­a­tive­ment peu dévelop­pées en France et con­nais­sent surtout une for­tune chez les anglo-sax­ons à tra­vers les “cul­tur­al stud­ies”.
  • Objet tech­nique pre­scrip­teur de normes poli­tiques et morales (“dimen­sions poli­tiques et morales inscrites dans le design de l’objet tech­nique”, p. 85) : ce courant a repris les travaux de Wool­gar sur la con­fig­u­ra­tion de l’usager pour mon­tr­er qu’elle s’exerçait à des strates sociales très dif­férentes (jour­nal­is­tes, porte-parole de groupes de pres­sion, etc.). La notion de “script” (Akrich, 1987) a égale­ment émergé pour mon­ter qu’un scé­nar­io antic­i­pait les usages du dis­posi­tif.
  • Formes socio-his­toriques de l’usage : “Les nou­veaux usages s’inscrivent dans une his­toire déjà con­sti­tuée de pra­tiques sociales et de pra­tiques de com­mu­ni­ca­tion” (Jau­reguiber­ry et Proulx, 2011, p. 97)

Bilan provisoire : usages et pratiques, retour à la case départ…

Ce par­cours his­torique des études des usages per­met de for­muler un cer­tain nom­bre d’observations :

  • La pre­mière dis­tinc­tion esquis­sée par Jean­neret entre “usages” et “pra­tiques” est celle pro­posée par la pre­mière top­ique des études des usages, à ceci près que cette dernière inverse les ter­mes de l’équation : ce ne sont plus les pra­tiques qui actu­alisent les usages, mais les usages qui, com­pris dans les pra­tiques, les nuan­cent, les dépla­cent, les per­turbent, avant qu’une nou­velle sta­bil­ité, pro­vi­soire, n’émerge (dans cette per­spec­tive, l’”usager”, sou­vent cité jamais défini, appa­raî­tra com­me celui qui rejoue et actu­alise les énon­cés ; Klinken­berg, 2000). La con­tra­dic­tion dans ces deux dis­tinc­tions tient sans doute au désir louable d’harmoniser des usages ter­mi­nologiques sans fein­dre d’ignorer la dif­fi­culté que pose l’utilisation syn­onymique de deux ter­mes. Mais si, com­me on l’a vu, elles con­duisent à des propo­si­tions stim­u­lantes, elles révè­lent cepen­dant des artic­u­la­tions trop inter­change­ables pour ne pas paraître un peu for­cées.
  • Il n’y a pas de fron­tières nettes entre les top­iques et les courants qui les con­stituent (puisque Jean­neret s’inscrit en effet bien dans les “usages et appro­pri­a­tion” mais cer­taines con­clu­sions de la “con­cep­tion et util­isa­teur” émer­gent aus­si dans les résul­tats de ses équipes) ni entre la tra­di­tion française des études des usages et la tra­di­tion améri­caine des études des pra­tiques. En effet, la théorie de l’affordance emprun­te, com­me on l’a vu, au fon­da­teur du prag­ma­tisme (George Her­bert Mead, dont il sera ques­tion dans la par­tie II) cer­taines réflex­ions pro­pres à la tra­di­tion pra­tique. C’est sans doute ce qui per­met  d’envisager l’articulation entre “usage” et “pra­tique”, après avoir resi­tué cette dernière dans la tra­di­tion dis­ci­plinaire qui l’a étudiée.

La tradition anglo-saxonne des pratiques

Introduction

Il y a bien une autre tra­di­tion qui s’est intéressée à ce que “font les gens” et aux “manières de faire” : le prag­ma­tisme dévelop­pé aux États-Unis au 19ème siè­cle. Il a même été le pre­mier à véri­ta­ble­ment penser la “pra­tique de la vie” dans une per­spec­tive sociale, tem­porelle, psy­chique et inter­ac­tion­nis­te. Pour des raisons com­plex­es, qui tien­nent sans doute à des luttes de pou­voir uni­ver­si­taires et à des sen­si­bil­ités théoriques pro­pres à chaque pays, le prag­ma­tisme fut presque exclu­sive­ment abor­dé à par­tir des apports de Peirce en France (les États-Unis priv­ilégièrent plutôt Dewey et James, sem­ble-t-il). Un pont fut en effet trou­vé entre ses théories et celles de Saus­sure pour élargir la sémi­o­tique à ceux qui manip­u­lent les sig­nes, c’est-à-dire pour sor­tir cette dernière d’une vision étroite, lim­itée à l’étude des “sig­nes stricts”, c’est-à-dire lin­guis­tiques (Klinken­berg, 2000). Dans cette per­spec­tive, la “pragmatique”5Sur les rela­tion entre prag­ma­tisme et prag­ma­tique, voir Stéphane Madel­rieux, “Prag­ma­tis­tes et prag­ma­tiques”, La Vie des idées , 17 avril 2009.apparaît com­me une sémi­o­tique du “signe com­me acte” (Klin­ben­berg, p. 312) et l’analyse de l’action com­me une préoc­cu­pa­tion pour “l’agir en sit­u­a­tion”, com­pris com­me “un phénomène proces­suel et sériel, com­por­tant une dimen­sion d’intervention con­crète sur un état de choses pour le trans­former.” (Mesure et Savi­dan, 2006)

Le prag­ma­tisme en France béné­fi­cia de pro­longe­ments séduisants. Ain­si naquirent dans les SIC, divers­es sémio-prag­ma­tiques adap­tées selon les domaines : la sémio-prag­ma­tique d’Odin, par exem­ple, qui fait l’hypothèse d’une mul­ti­plic­ité de fac­teurs favorisant l’émergence du sens dans le ciné­ma ; la sémio-prag­ma­tique des pra­tiques de fans, sen­si­ble aux “com­mu­nautés inter­pré­ta­tives” de Fish et à l’énonciation, définie com­me “l’acte con­sis­tant à utilis­er un code, acte indi­vidu­el, et local­isé dans le temps et l’espace” (Klinken­berg, p. 124) ; la théorie des com­pos­ites de Le Marec (2003), appli­ca­tion à des sit­u­a­tions sou­vent let­trées (bib­lio­thèques) et actu­al­i­sa­tion du “dis­posi­tif” de Fou­cault (intri­ca­tion d’objets, de normes, d’institutions, de représen­ta­tions dans un com­plexe hétérogène : le dis­posi­tif) à par­tir de l’approche peir­ci­en­ne ;  l’énonciation édi­to­ri­ale de Souch­ier (2005), enfin, qui puisa dans la sémi­o­tique inté­gra­tionnelle de Har­ris (1998) ses cri­tiques à l’encontre des héri­tiers de Saus­sure, inca­pables de penser la sémi­o­tique en dehors de la phrase et de son artic­u­la­tion gram­mat­i­cale pour situer un énon­cé (le résul­tat de l’acte d’énonciation) dans un rap­port entre “parte­naires de la com­mu­ni­ca­tion” (Klinken­berg, p. 124).

L’histoire du prag­ma­tisme((Voir Comet­ti Jean-Pier­re, Qu’est-ce que le prag­ma­tisme ?, Paris, Folio, 2010))est cepen­dant bien plus com­plexe et mérit­erait d’être davan­tage explorée, pas seule­ment pour ren­dre jus­tice à l’un de ses fon­da­teurs — George Her­bert Mead — mais parce qu’il a fourni un ensem­ble de dis­tinc­tions, de con­cepts, d’outils qui per­me­t­tent aujourd’hui de penser beau­coup plus fine­ment les pra­tiques, en dépas­sant la ligne de partage entre l’usage et la pra­tique à par­tir de l’inscription et de son actu­al­i­sa­tion. Avant de l’aborder, je présen­terai d’abord les syn­thès­es prin­ci­pales du prag­ma­tisme con­tem­po­rain et des théories sur les pra­tiques qui ont fait l’objet de courants impor­tants et cherchent aujourd’hui à renou­vel­er notre com­préhen­sion des indi­vidus, des organ­i­sa­tions, des savoirs. On com­pren­dra égale­ment mieux com­ment la notion de “pra­tique” a pu émerg­er lente­ment de théories d’abord préoc­cupées par l’action.

Synthèse(s) des traditions pragmatistes contemporaines

Praxis et polis

Dans un arti­cle dense récem­ment pub­lié (en 2010), Simpson6SIMPSON, B., “Prag­ma­tism, Mead and the Prac­tice Turn”, Orga­ni­za­tion Stud­ies, 30, 12, p. 1329–1347 cité par BELANGER, Marie-Eve, The Anno­ta­tive Prac­tices of Grad­u­ate Stu­dents: Ten­sions & Nego­ti­a­tions Fos­ter­ing an Epis­temic Prac­tice, Mas­ter of Infor­ma­tion Stud­ies, Uni­ver­si­ty of Toron­to, 2010. Je me réfère dans ce bil­let à la tra­duc­tion don­née en 2012 par Chris­tian Bras­sac et disponible à cette adresse : http://www.activites.org/v10n1/simpson.pdf. four­nit ain­si une syn­thèse très riche de la tra­di­tion prag­ma­tique, dont elle situe, à la suite de Bernstein7BERNSTEIN, R.J., Prax­is and action, Lon­don, Duck­worth, 1972., l’élaboration à la fin du 19ème siècle/début 20ème siè­cle. C’est en effet à cette épo­que que 4 philoso­phies rel­a­tive­ment dif­férentes (théorie sociale de Marx, exis­ten­tial­is­me de Kierkegaard, prag­ma­tisme et philoso­phie ana­ly­tique), mais toutes préoc­cupées par “la pra­tique de la vie”, s’élaborent, qui per­me­t­tent selon Bern­stein de penser l’articulation de la prax­is (dis­ci­plines et activ­ités pré­dom­i­nan­tes dans la vie éthique et sociale des hommes) à la polis, c’est-à-dire à l’activité dans la cité. Ain­si la pra­tique est-elle ici pen­sée com­me une activ­ité éminem­ment sociale et la cité com­me un espace où s’exercent un ensem­ble de pra­tiques qu’elle accueille et qui la redéfinis­sent dynamique­ment.

L’agentivité humaine

Or, pour Joas, qui four­nit une autre syn­thèse des théories de la pratique8JOAS, H., Cre­ativ­i­ty of action, Chicagon Uni­ver­si­ty of Chicago Press, 1996., “la recherche d’une théorie adéquate de l’action humaine ne relève en aucune façon de la seule com­pé­tence des philosoph­es.” (Simp­son, p. 157) Ain­si, de nom­breuses dis­ci­plines (soci­olo­gie, psy­cholo­gie, économie, etc.) se sont intéressées à l’activité humaine à par­tir de deux grandes per­spec­tives clas­siques : déter­min­is­te (l’acteur est con­traint par des forces qui pèsent sur lui) et volon­taris­te (l’acteur a une lib­erté d’action qui dépend de son libre arbi­tre). Mais aucune, selon Joas, n’est par­v­enue à ren­dre compte de “la dimen­sion créa­tive de l’agentivité humaine” (Simp­son, p. 157), c’est-à-dire de l’inventivité des hommes dans leur manière et leur fac­ulté d’agir sur le mon­de pour le trans­former.

Le tournant pratique

Trois catégories de travaux

L’autre syn­thèse impor­tan­te des théories pra­tiques est celle fournie par Schatzki en 20019SCHATZKI, T.R., KNORR CETINA, K., VON, E.,  The prac­tice turn in con­tem­po­rary the­o­ry, Lon­dres et New-York, Rout­ledge, 2001.dont Simp­son fait la lec­ture (son intro­duc­tion à un ouvrage col­lec­tif, du moins). Selon Schatzki, trois caté­gories de travaux s’inspirent aujourd’hui des théories pra­tiques :

  1. Les sci­ences des organ­i­sa­tions et les com­mu­nautés de pra­tiques qui s’appuient sur l’héritage soci­ologique et philosophique pour éval­uer la manière dont les struc­tures sociales assurent leur dura­bil­ité et leur sta­bil­ité.
  2. La micro-analy­se de l’activité humaine (com­ment s’élaborent la com­mu­ni­ca­tion et la sig­ni­fi­ca­tion entre acteurs à par­tir de leurs pra­tiques ?)
  3. Le con­struc­tivis­me et les “sci­ence and tech­nol­o­gy  stud­ies” pour lesquels les objets sont des médi­a­teurs dans le proces­sus de con­struc­tion du sens entre acteurs.

Objets épistémiques et pratiques dynamiques

Le livre dont il est le directeur (The prac­tice turn in con­tem­po­rary the­o­ry) béné­fi­cie des con­tri­bu­tions de chercheurs com­me Knorr Ceti­na, une représen­tan­te impor­tan­te du con­struc­tivis­me (avec Latour évidem­ment et Wool­gar dont il a été ques­tion dans la pre­mière par­tie de cette série).  Dans son arti­cle (“Objec­tu­al prac­tice”, p. 184–198), Knorr Ceti­na explore notam­ment la notion d’”objets épistémiques” (que Bélanger (2010) mobilise bril­lam­ment et avec beau­coup de tal­ent dans son mémoire sur les pra­tiques d’annotation). Con­traire­ment aux objets à la matéri­al­ité close (com­me un marteau par exem­ple), les “objets épistémiques” (ou “objets de la con­nais­sance”) se redéfinis­sent en per­ma­nence (ce peut-être, ain­si, une note de tra­vail), sous le coup d’une tem­po­ral­ité plus ou moins longue et de buts très dif­férents (une même note, par exem­ple, peut servir à dif­férents travaux : con­férence, dis­ser­ta­tion, etc. et s’inscrire dans un cycle de vie relat­if à cha­cun des buts).  Knorr Ceti­na les com­pare à des tiroirs ouverts rem­plis de dossiers s’étendant indéfin­i­ment dans la pro­fondeur d’un plac­ard som­bre. Ces objets ont la par­tic­u­lar­ité de se trans­former sans arrêt et d’acquérir chaque fois de nou­velles pro­priétés. C’est pourquoi les pra­tiques qui leur don­nent forme ne peu­vent pas être qual­i­fiées de “rou­tinières” com­me les études des usages s’attachent par­fois à le mon­tr­er. En effet, com­me l’objet acquiert chaque fois de nou­velles pro­priétés, la pra­tique suit ses trans­for­ma­tions et s’adapte en con­séquence.

Les alignements dynamiques

L’autre con­tri­bu­tion intéres­san­te de ce livre est celle de Joseph Rouse (“Two con­cepts of prac­tices”, p. 198–207) qui défend une con­cep­tion dynamique du savoir à par­tir de la notion, emprun­tée à Warten­burg, d’”alignements soci­aux” (social align­ments). Pour ce dernier, un agent n’a de pou­voir que parce que d’autres agents sont reliés à lui. La déci­sion d’un juge n’a de force qu’appliquée, c’est-à-dire exé­cutée par une chaîne d’agents (huissiers, policiers, etc.) alignés à sa déci­sion. L’efficacité de l’application d’une déci­sion se mesure ain­si à la per­ma­nence de cet aligne­ment. Pour Rouse, cepen­dant, la notion de Warten­burg est incom­plète parce qu’elle lim­ite la médi­a­tion du pou­voir à des aligne­ments soci­aux. L’exercice du pou­voir est aus­si sujet à des médi­a­tions matérielles, tem­porelles et sit­u­a­tion­nelles (une place en pris­on peut par exem­ple man­quer pour appli­quer la déci­sion d’un juge). De la même façon, le savoir est médié, non seule­ment par des agents, des com­pé­tences, des instru­ments, des inter­ac­tions, mais égale­ment par des pra­tiques sci­en­tifiques (manip­uler, observer, écrire, com­mu­ni­quer, etc.). Ain­si, com­me le mon­tre très bien Bar­nes dans un autre arti­cle  (“Prac­tice as col­lec­tive action”, p. 25–36), s’engager dans une pra­tique, c’est s’engager dans une rela­tion de pou­voir.

L’anthropologie des pratiques

On pour­rait enfin ajouter à ces syn­thès­es de Simp­son celle que pro­pose Chris­tian Jacob dans ses travaux10JACOB, Chris­tian dir., Les Lieux de savoir (I et II), Albin Michel, 2007, 2011.et notam­ment dans un livre récem­ment paru : Qu’est-ce qu’un livre de savoir ?. Chris­tian Jacob adapte cet ensem­ble de théories aux savoirs, défin­is com­me l’”ensemble des procé­dures men­tales, dis­cur­sives, tech­niques et sociales par lesquelles une société, les groupes et les indi­vidus qui la com­posent, don­nent sens au mon­de qui les entoure et se don­nent les moyens d’agir sur lui ou d’interagir avec lui.” Dans cette per­spec­tive, la pra­tique est ce qui met en forme le savoir, c’est-à-dire ce qui le matéri­alise et l’objectivise dans des arte­facts à par­tir d’instruments (un sty­lo, un clavier, etc.), de sur­faces (la page, l’écran, etc.), d’inscriptions, de gestes, d’interactions, de représen­ta­tions et de normes grâce aux­quels leur cir­cu­la­tion et leur trans­mis­sion vont être pos­si­bles.

L’anthropologie des pra­tiques qui don­nent forme aux savoirs se don­ne alors pour objet d’étude les cadres/environnements où ils s’établissent, se définis­sent et se répar­tis­sent sociale­ment, les plans (sur­faces de tra­vail : table, sol en ter­re battue, plan incliné d’un rocher, établi d’un menuisier, etc.; bib­lio­thèque per­son­nelle; instru­ments : règle, trom­bone, agrafeuse, post-it, écran, etc.) où ils s’organisent, les inscrip­tions (tex­tes, sché­mas, tableaux, cartes, pho­togra­phies, images, dia­grammes, etc.) où ils se matéri­alisent, les tech­niques (encodage, com­pres­sion, struc­tura­tion, organ­i­sa­tion, etc.) qui les for­malisent. Ain­si les pra­tiques s’expriment-t-elles dans des lieux de savoir (une page, un tex­te, une bib­lio­thèque, un lab­o­ra­toire, etc.) con­sti­tuées par elles, c’est-à-dire par des gestes manuels, des opéra­tions men­tales et des inter­ac­tions sociales.

Toutes les pra­tiques ont la même valeur. L’anthropologie de Chris­tian Jacob ne dresse pas de hiérar­chie entre les pra­tiques d’un sci­en­tifique,  d’un dev­in, d’un menuisier, d’un étu­di­ant. Pour autant, ces pra­tiques sont liées au savoir, si bien que toutes les pra­tiques ne sont pas con­cernées. Ann Swi­dler (“What Anchors Cul­tur­al Prac­tices”, p. 83–100 de l’ouvrage dirigé par Schatzki et cité plus haut) pro­pose ain­si de dis­tinguer dans le vaste champ des pra­tiques (se doucher, se coif­fer, manip­uler une molécule), des “pra­tiques d’ancrage” qui jouent des rôles clés dans le déploiement d’un sys­tème de pra­tiques (manip­uler une molécule implique de l’observer, de pub­lier des résul­tats, etc. ; diriger un groupe de mil­i­taires néces­site de les entraîn­er, d’organiser des mis­sions, etc.). Une pra­tique occu­pe donc une fonc­tion, déter­minée par son ancrage dans une cul­ture et une société (C. Jacob) et procède, lorsqu’elle est liée à d’autres pra­tiques, à une séman­ti­sa­tion du mon­de (les savoirs, à tra­vers les pra­tiques, découpent en effet le mon­de en noms, fron­tières, champs, etc.) qui s’exerce dans et sur des espaces matériels (un lab­o­ra­toire, un ter­ri­toire, etc.) et immatériels (la pen­sée, l’identité, l’inconscient, etc.).

C’est pourquoi la métaphore spa­tiale tient une place si impor­tan­te dans l’anthropologie des savoirs de Chris­tian Jacob : elle per­met d’appliquer à des objets com­plex­es (une page de livre, par exem­ple), des con­cepts opéra­toires spa­ti­aux. Ain­si, les con­fig­u­ra­tions spa­tiales (l’organisation d’une page) pour­ront être analysées à par­tir d’opérations rel­e­vant du vocab­u­laire spa­tial (organ­is­er, struc­tur­er, amé­nager, cir­culer, cen­tralis­er, quadriller, déploy­er, etc.) : elles devront met­tre au jour des proces­sus, des évo­lu­tions, des trans­mis­sions, des dis­posi­tifs de con­trôle à par­tir d’un jeu de rela­tions assignées entre le cen­tre et la périphérie, le proche et le loin­tain. La vari­a­tion du point de vue a ici une valeur heuris­tique (les anglo-sax­ons par­lent de “zoom in” et “zoom out”) qui doit per­me­t­tre de faire émerg­er des lig­nes de force et des ram­i­fi­ca­tions.

Vers George Herbert Mead

Simp­son trou­ve enfin dans ces dif­férentes syn­thès­es (et j’ajouterai donc celle de C. Jacob) un point com­mun : elles font toutes des pra­tiques des proces­sus dynamiques pris dans des logiques spa­tiales et tem­porelles qui con­ver­gent et diver­gent ; elles impliquent la con­duite humaine et l’exercice de l’agentivité. Leur sim­i­lar­ité vient du fait qu’elles s’appuient toutes, directe­ment ou indi­recte­ment, sur les travaux de George Her­bert Mead et de ses suc­cesseurs ou élèves (Blumer, Goff­man, Strauss, Beck­er, etc.).

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Notes   [ + ]

1. Il y a encore à faire une typolo­gie des raisons pour lesquelles nous reprenons, même dans la com­mu­nauté sci­en­tifique, des ter­mes sans tou­jours nous inter­roger sur leur per­ti­nence. Ce peut-être faute de temps, par exem­ple, ou parce que l’article qui traite d’une ques­tion n’aborde qu’accessoirement la ques­tion des “usages”/“pratiques”; on peut aus­si ignor­er plus sim­ple­ment que leur con­vo­ca­tion fait prob­lème ou refuser de les traiter d’un point de vue épisté­mologique, parce que ce n’est pas le pro­pos, parce que d’autres l’ont fait mieux que nous, parce que les résul­tats d’une enquête pri­ment ou, peut-être, parce que le cor­recteur n’a pas jugé utile la dis­tinc­tion — lui-même, alors, mobilise des représen­ta­tions, des man­que­ments ou des igno­rances — com­me l’article, spé­cial­isé, s’inscrit dans un numéro de revue plus général­is­te, etc.
2. JEANNERET, Yves, TARDY, Cécile dir., Ecri­t­ure des médi­as infor­ma­tisés, Her­mès Lavoisier, 2007.
3. Le dis­posi­tif n’est pas réductible, ici, au logi­ciel : c’est, dans la per­spec­tive fou­cal­di­en­ne, une agré­ga­tion com­plexe ou plutôt, une intri­ca­tion de normes, représen­ta­tions, pra­tiques, insti­tu­tions, dis­cours et objets. Le logi­ciel d’écriture n’est donc qu’un des élé­ments qui con­stitue le dis­posi­tif. On trou­ve chez Le Marec et sa théorie des com­pos­ites une actu­al­i­sa­tion de cette déf­i­ni­tion, adap­tée aux SIC et notam­ment aux espaces let­trés com­me les bibliothèques.
4. JACOB, Chris­tian, “Intro­duc­tion” dans JACOB, Chris­tian Des Alexan­dries (II) : Les méta­mor­phoses du lecteur, BnF, 2003. Cette par­en­té n’étonnera pas : Luce Gia­rd, qui avait déjà tra­vail­lé avec Certeau col­lab­o­ra avec Jacob pour le pre­mier vol­ume (Du livre au tex­te) de cette pub­li­ca­tion.
5. Sur les rela­tion entre prag­ma­tisme et prag­ma­tique, voir Stéphane Madel­rieux, “Prag­ma­tis­tes et prag­ma­tiques”, La Vie des idées , 17 avril 2009.
6. SIMPSON, B., “Prag­ma­tism, Mead and the Prac­tice Turn”, Orga­ni­za­tion Stud­ies, 30, 12, p. 1329–1347 cité par BELANGER, Marie-Eve, The Anno­ta­tive Prac­tices of Grad­u­ate Stu­dents: Ten­sions & Nego­ti­a­tions Fos­ter­ing an Epis­temic Prac­tice, Mas­ter of Infor­ma­tion Stud­ies, Uni­ver­si­ty of Toron­to, 2010. Je me réfère dans ce bil­let à la tra­duc­tion don­née en 2012 par Chris­tian Bras­sac et disponible à cette adresse : http://www.activites.org/v10n1/simpson.pdf.
7. BERNSTEIN, R.J., Prax­is and action, Lon­don, Duck­worth, 1972.
8. JOAS, H., Cre­ativ­i­ty of action, Chicagon Uni­ver­si­ty of Chicago Press, 1996.
9. SCHATZKI, T.R., KNORR CETINA, K., VON, E.,  The prac­tice turn in con­tem­po­rary the­o­ry, Lon­dres et New-York, Rout­ledge, 2001.
10. JACOB, Chris­tian dir., Les Lieux de savoir (I et II), Albin Michel, 2007, 2011.

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