La neige tombe le givre s’épaissit/ Et nous vieillissons à mesure.”

Par­lez plus haut l’hiver nous assour­dit
Les bruits des pas que l’on entendait hier
Au bord du lac gelé
Ne son­nent plus que dans le sou­venir
Et notre vie devient une habi­tude tris­te
Der­rière la paroi des vit­res blanch­es.

La neige tombe depuis bien des semaines
Le char­bon le café dimin­u­ent tous les jours
Chaque jour s’amoindrit
Le lende­main tou­jours est pire que la veille.

Notre mémoire même égare les répons­es.

La faim le froid chas­sent les cerfs hors des bois
Jusque dans les rues du vil­lage
L’un s’est couché devant la croix
Bouche bée la tête à la ren­verse
Fau­ve image de notre amour.

Avez-vous enten­du crier les loups le soir
Quand ils vien­nent rôder autour des éta­bles ?
Sous la haute chem­inée le feu lan­guit
Le chien nous regarde avec tant d’indulgence
Avec tant de pitié
Que notre cœur se ser­re.

Nul ne bal­ay­era les march­es de l’entrée.

L’hiver s’accroît com­me un jeune géant
La neige tombe le givre s’épaissit
Et nous vieil­lis­sons à mesure.

Par­lez bas il n’est plus besoin de nous enten­dre
Bien­tôt l’homme de pier­re ouvri­ra le chem­in.

(Man­di­ar­gues, “Le Pays froid” dans L’Age de craie, 1961)

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