De là il contempla l’immensité fourmillante de l’univers”

Ensem­ble, ils s’étonnèrent devant les rides des vieux arbres et épièrent le trem­ble­ment des feuilles sous le soleil, comme un voile de lumière jonché de tach­es d’or.

Ils tra­ver­sèrent des fusées frémis­santes d’abeilles et des ban­des mobiles de four­mis en marche. Et un jour ils parv­in­rent, en débouchant d’un tail­lis, à une clair­ière tout entourée d’anciens chênes-lièges, si étroite­ment assis, que leur cer­cle creu­sait dans le ciel un puits de bleu. Le repos de cet asile était infi­ni. Il sem­blait qu’on fût dans une large route claire qui allait vers le haut de l’air divin. Lucrèce y fut touché par la béné­dic­tion des espaces calmes.

De là il con­tem­pla l’immensité four­mil­lante de l’univers ; toutes les pier­res, toutes les plantes, tous les arbres, tous les ani­maux, tous les hommes, avec leurs couleurs, avec leurs pas­sions, avec leurs instru­ments, et l’histoire de ces choses divers­es, et leur nais­sance, et leurs mal­adies, et leur mort. Et par­mi la mort totale et néces­saire, il aperçut claire­ment la mort unique de l’Africaine, et pleu­ra.

(“Vie de Lucrèce” dans Vies imag­i­naires, Mar­cel Schwob, 1896)