Y’ont tué notre Saint-Jean !”

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Com­pa­ra­ble à notre 14 juil­let : tout le mon­de s’en plaint mais tout le mon­de s’y rend, soit pour con­stater la fail­lite d’un âge fan­tas­mé (“Y’a 10 ans, ça n’avait rien à voir : y’ont tout gâché avec leurs gen­darmes et leurs bar­ri­cades !”), soit pour exprimer un cynis­me con­venu (“les gens sont juste gen­tils ce jour-là : pourquoi pas le reste du temps ?”) ou pour s’en détourn­er osten­si­ble­ment (“J’ai enten­du la musique, j’ai changé de rue”).

Une énergie renou­velée (qui nous sur­prend tou­jours, mal­gré sa cyclic­ité), plus forte que nous, nous com­man­de pour­tant de nous rassem­bler, guidés par des micro-déplace­ments (d’un bar à l’autre) et des micro-négo­ci­a­tions (“Pas les plaines cette fois”) dont on con­naît, avant même de les avoir engagées, l’issue (on ira bien aux plaines, encore une fois), com­me si nous avions voulu nous faire croire que nous étions libres de les choisir, alors que les lieux et la direc­tion étaient secrète­ment con­nus de tous depuis longtemps.

Ain­si les fêtes et les événe­ments, dans leur invari­ance imprévue, sont-ils des rites d’entretien qui mul­ti­plient les échanges con­fir­mat­ifs de bon­ne enten­te et de ressem­blance entre mem­bres (le corps devient le sup­port de sig­nes iden­ti­taires : dra­peaux-bran­dis, dra­peaux-toges, dra­peaux-tatoués), répétés selon des procé­dures instinc­tives, répéti­tives, immuables dont le but est de repér­er, de véri­fier et de réaf­firmer chaque année l’appartenance à une même com­mu­nauté.

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