Portraits du Québec: “Y’ont tué notre Saint-Jean !”

(Québec, 2013)

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Com­pa­ra­ble à notre 14 juil­let : tout le monde s’en plaint mais tout le monde s’y rend, soit pour con­stater la fail­lite d’un âge fan­tas­mé (“Y’a 10 ans, ça n’avait rien à voir : y’ont tout gâché avec leurs gen­darmes et leurs bar­ri­cades !”), soit pour exprimer un cynisme con­venu (“les gens sont juste gen­tils ce jour-là : pourquoi pas le reste du temps ?”) ou pour s’en détourn­er osten­si­ble­ment (“J’ai enten­du la musique, j’ai changé de rue”).

Une énergie renou­velée (qui nous sur­prend tou­jours, mal­gré sa cyclic­ité), plus forte que nous, nous com­mande pour­tant de nous rassem­bler, guidés par des micro-déplace­ments (d’un bar à l’autre) et des micro-négo­ci­a­tions (“Pas les plaines cette fois”) dont on con­naît, avant même de les avoir engagées, l’issue (on ira bien aux plaines, encore une fois), comme si nous avions voulu nous faire croire que nous étions libres de les choisir, alors que les lieux et la direc­tion étaient secrète­ment con­nus de tous depuis longtemps.

Ain­si les fêtes et les événe­ments, dans leur invari­ance imprévue, sont-ils des rites d’entretien qui mul­ti­plient les échanges con­fir­mat­ifs de bonne entente et de ressem­blance entre mem­bres (le corps devient le sup­port de signes iden­ti­taires : dra­peaux-bran­dis, dra­peaux-toges, dra­peaux-tatoués), répétés selon des procé­dures instinc­tives, répéti­tives, immuables dont le but est de repér­er, de véri­fi­er et de réaf­firmer chaque année l’appartenance à une même com­mu­nauté.