Portraits de taxis : “Tout est écrit, c’est Mektub”

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(Québec, printemps 2013)

De ces hommes fatigués par leur âge (ses mains tremblaient sur le volant). C'est déjà trop tard pour lui, le seul intérêt à continuer c'est pour les enfants.

Sa femme travaille à la maison, comme typographe pour des journaux marocains : elle fait des colonnes, ou quelque chose comme ça, tu comprends. Après quelques métiers en Arabie Saoudite, il a fini chauffeur de taxi ici (Québec). Au Maroc il n'y a rien que des jeunes sans travail.

Tout est écrit :  l'Arabie Saoudite, son licenciement, ses enfants, le Québec, le taxi, notre rencontre même. Son calme, il le tient de son acceptation en un ordre immuable dans lequel il semble avoir trouvé sa place.

De la peine en voyant sa main une nouvelle fois trembler, en rendant la carte de crédit. Il a souri des yeux, comme pour rassurer.

Sous le soleil violet du temps passé
Dans le voyage des feuilles mortes
Il était une fois un jardin sans fleurs

Personne n'y venait
Ni l'écho ni les âmes

À part quelques chasseurs fatigués par leur âge
Qui traversaient par là

(Schehadé, Les Poésies)