Portraits de phrases : “Juste pour vous dire qu’on va fermer”

Cette phrase ne tombe jamais comme un couperet : des signes l'anticipent, ménagent une sortie convenable pour les deux parties. Nous en prenons conscience à mesure que nous sommes invités à nous en aller (rangement bruyant des chaises, poubelles sorties vigoureusement, etc.).

Chacun s'évite une interaction embarrassante : les uns n'ont pas à rappeler aux autres qu'ils ne sont que des clients. Mais ces derniers poussent parfois jusqu'à son extrême limite l'accord tacite qui les préservait : ils découvrent alors les coulisses du café, son ossature, que l'affairement avait fini par rendre imperceptibles.

Ce bref moment, suspendu (il y a une sorte de grâce là-dedans, comme les matins d'hôtel sans personnel), est rapidement interrompu par le serveur qui prévient en passant, sans trop appuyer, une fois que toutes les ressources de l'implicite ont été épuisées : "Juste pour vous dire qu'on va fermer."