Portraits de voyage : “La nuit on les voit pas mais on sait à l’odeur qu’ils sont là”

Au départ de Québec pour prendre l'avion avec le chauffeur qui m'expliquait toute la logistique du déblayage. Travail de Sisyphe, avec de grosses voitures à mandibules, parfois chargées d'une seule rue, allers puis retours toute la journée ; elles bâtissent des murs de neige sur les côtés ("Vous voyez le feu rouge là à 5 mètres du sol ? C'est à cause de ça !"). Le verglas révèle les mécaniques, les corps : bus qui ce jour-là roule un peu plus lentement, se tord comme un insecte-articulations, pour emprunter un virage ("Il a de la misère !").

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Pour faciliter leur travail, "une armée chaque jour arrive de tous les coins", fourmis vers mille centres le jour, des hyènes la nuit. Les chauffeurs, payés à la commission, s'activent, grillent tous les feux rouges sous des lampadaires fatigués, à la recherche d'un cadavre de rue à respirer : "on les voit pas mais on sait au diesel qu'on respire partout dans la ville qu'ils sont là".