J’appelle ça des amitiés à usage unique”

Il aurait sans doute pu être un excel­lent ami (bien­veil­lant, curieux et à l’écoute com­me tous mes amis), mais nous avons rapi­de­ment com­pris tous les deux que nous ne nous rever­rions pas, bien que nous nous soyons recon­nus.

Les ami­tiés à “usage unique” (com­me il les qual­i­fia alors) ont quelque chose de néces­saire et d’essentiel : dans l’espace clos d’un avion, et alors qu’aucun échap­pa­toire n’est pos­si­ble (à part peut-être les regards jetés de temps à autre vers un hublot sans vision, pour tarir par à-coups le flot de con­ver­sa­tions ou faire une pause quelques instants), elles se déploient totale­ment, sans la gêne de retrou­vailles qui nous font taire des con­fi­dences embar­ras­san­tes dans l’anticipation de leur cir­cu­la­tion com­me si, pen­dant une heure (de Québec à Mon­tréal), il n’y avait eu plus que nous et quelques bruits alen­tour pour nous rap­pel­er le mon­de et les autres.

Dans le même temps, nous prévoyons un départ inscrit dès le début de la ren­con­tre, en nous garan­tis­sant les moyens de nous quit­ter sans heurt, en con­vo­quant des for­mules que l’on pen­sait seule­ment pour les autres (“Bon­ne con­tin­u­a­tion alors”, “À une autre fois peut-être on sait jamais”), pour tous ceux qui n’auraient pas vécu un tel événe­ment, dont nous pen­sions être pré­mu­nis et qui, petit à petit, com­me la jam­be retrou­ve ses forces après l’ankylose du rêve, nous réin­scrivent dans un réel dont nous avions cru pou­voir nous absen­ter un moment.

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