Regarde, il écrit !”

À mon neveu Illan

Par­fois, sans prévenir, dans l’agitation des repas et des con­ver­sa­tions, un peu absent ou rêveur, sa main se lève com­me celle du chef d’orchestre  : il écrit. Cette mémoire cor­porelle et graphique sem­ble l’articuler, le coor­don­ner, com­me si les sig­nes, incor­porés, le tra­vail­laient con­tin­uelle­ment.

Le mon­de s’offre à son juge­ment et à son action : livres, éti­quettes, paque­ts de céréales, boîtes de médica­ments, enseignes com­mer­ciales, il recon­naît des let­tres plus ou moins famil­ières,  plus ou moins incon­nues, qu’il récite, soumet à notre appré­ci­a­tion, réper­to­rie intu­itive­ment sous une même classe, mal­gré la var­iété de leurs formes.

Les mots dis­paraîtront bien­tôt : il sera plus tra­ver­sé par eux qu’il ne pour­ra encore les manip­uler com­me des cerceaux ou des ani­maux, les mobil­isant dans des stratégies com­mu­ni­ca­tion­nelles, rela­tion­nelles ; ils seront devenus des “out­ils”. À moins qu’il ne tien­ne à cette ten­sion, qu’il la main­ti­en­ne pré­cieuse­ment, com­me on prend soin d’un secret ou d’un faon.

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