Portraits de la rue (2) : “Non non, ne vous en faites pas, je vais rien vous demander !”

À Ménilmontant, au MacDo. On s'y retrouve presque tous les jours. Moi, pour écrire et terminer ma thèse (un coca et tranquille pour la matinée) ; elle, pour socialiser.

Elle s'annonce toujours de la même façon, en anticipant les refus ("Non, ne vous en faites pas, je vais pas vous embêter, je vais rien vous demander !"). Et elle finit toujours par une demande ("Vous n'avez pas un téléphone pour moi ? Pensez à moi la prochaine fois..."). Une tension qui doit être un compromis entre ses désirs (obtenir une pièce "pour le repas du soir") et des interdictions familiales ("N'embête pas les gens, ne demande rien !"). Catherine (une aide-soignante) s'occupe en effet d'elle, mais la dernière fois elle me parlait de sa fille ("Elle va pas être contente si elle sait")...

Elle est toujours en alerte, ailleurs, le corps tendu, le regard inquiet et tourné vers la vitre, comme si elle s'attendait à être retrouvée par des garants dont elle aurait trompé la vigilance plus tôt. Des signes, qu'elle est la seule à percevoir ("oui oui j'arrive je vous dis"), lui commandent rapidement de se lever et de sortir du Macdo (pas plus de 30 secondes à ma table), qu'elle retrouve quelques minutes plus tard pour répéter les mêmes questions.