Portraits cruels (2) : “une application infatigable à discerner ceux dont il pouvait avoir besoin” (Saint-Simon)

(D’après Saint-Simon, por­trait du cheva­lier de Belle-Isle, Mémoires, livre 2, tome 17, chapitre 5, 1718)

Alors en stage, après deux mois face à lui, j’étais enfin apparu : il venait de me trou­ver une fonc­tion sur son échiquier social.

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Pourquoi tel signe émerge à un moment don­né, ren­con­tre l’écho d’une ambi­tion, s’achemine et s’articule sans effort dans le pro­jet d’une per­son­ne ?

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Chaque matin, j’arrivais avec une tenue dont j’avais plusieurs fois anticipé les effets (“oui, je les ai achetées y’a quelques mois”), sans jamais par­venir à appa­raître dans son champ de vision autrement qu’en m’invibilisant.

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Avec légèreté, le ton badin, il s’informait de tout, l’air de rien.

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Qu’avait-t-il soudaine­ment vu ? Quel con­trat venait-il de pass­er sans moi ?

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Ce qu’il m’offrait alors (com­plic­ité feinte, rat­i­fi­ca­tion cour­toise, etc.), je le lui avais secrète­ment réclamé pen­dant des mois. Il me don­nait main­tenant, sans réserve, ce qu’il feignait à peine de n’accorder qu’à quelques-uns.

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Je refu­sais de voir qu’il prodiguait les mêmes soins à tous ceux qui allaient servir une cause à venir, dont il igno­rait encore les con­tours pré­cis mais à laque­lle il se pré­parait avec l’inquiétude des gens trop malins.